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31/01/2018 12:24 Imprimer

Pas question de laisser mourir l’emploi à petit feu

1.233 emplois à la trappe. 1 travailleur sur 10. 3ème restructuration en un peu plus de 10 ans. Ces chiffres nous restent en travers de la gorge. La sinistre annonce de Carrefour Belgium provoque une nouvelle onde de choc dans le secteur du commerce et sur le marché de l’emploi en général. Elle met à nouveau en lumière les défaillances d’un système où des entreprises bénéficiaires peuvent se permettre sans le moindre scrupule d’engraisser leurs actionnaires d’un côté et de dégraisser leur personnel de l’autre et où les conditions de travail ne cessent de se précariser. A ce petit jeu, tant les employeurs que la sphère politique semblent avoir leur part de responsabilité. 

Carrefour, champion de la restructuration

Depuis son arrivée sur le marché belge il y a un peu plus d’une décennie, Carrefour n’a eu de cesse d’écrémer son personnel au fil du temps. Au total, le décompte affiche 7.000 travailleurs en moins. Qu’est-ce qui nous garantit que cette 3e vague de restructuration est enfin la dernière et que des garanties d’avenir réelles existent pour les travailleurs de Carrefour en Belgique ? Nous avons le sentiment désagréable d’être dans un mauvais film où la fin n’arrive jamais et où le pire reste à venir… La vérité est que les dirigeants du géant français n’ont jamais réussi à mesurer les besoins et les subtilités du marché belge. Sous-estimant la concurrence, ils n’ont jamais vraiment réussi à trouver un positionnement fort.

Gâter les actionnaires et saquer dans le personnel

Ce qui interpelle à nouveau dans le cas de Carrefour, c’est la facilité avec laquelle une entreprise bénéficiaire (plus de 1 milliards d’euros pour le groupe en 2016), qui continue de verser de juteux dividendes à ses actionnaires  (de l’ordre de 50 millions d’euros en 2016) peut décider du jour au lendemain de licencier des milliers de personnes sans être véritablement inquiétée. Ce qui choque quand on y réfléchit , c’est que les différentes mesures mises en place par le gouvernement Michel ces dernières années (diminution des cotisations sociales patronales de 33 à 26% dans le cadre du Tax Shift, modération salariale, saut d’index, etc.) ont contribué à remplir les poches de ces mêmes actionnaires…

Aujourd’hui, les travailleurs subissent de plein fouet les conséquences du manque de vision commerciale de Carrefour, de sa volonté de faire passer son actionnariat avant ses salariés et des rouages d’un système qui permet de licencier sans réel motif économique pour autant ‘que la procédure soit respectée’. Et on peut dire qu’à ce niveau, les dirigeants de Carrefour ont respecté les règles à la lettre. Ils se sont inscrits dans le cadre strict de la loi Renault, annonçant leur décision lors d’un Conseil d’Entreprise extraordinaire mais ne délivrant platement, froidement, qu’une information minimaliste. 

Un gouvernement destructeur d’emploi de qualité dans le commerce

Les réactions des responsables politiques ne se sont pas fait attendre : ils veulent «soutenir les travailleurs ». Face au bain de sang social qui se dessine, le gouvernement joue les pleureuses alors qu’il a endossé son rôle de fossoyeur (de l’emploi de qualité) dans le commerce depuis bien longtemps déjà... Il suffit de jeter un coup d’œil à la longue série de mesures que celui-ci a mis en œuvre : élargissement des flexi-jobs, assouplissement du travail étudiant, du travail de nuit, du travail à temps partiel, etc.

Toutes les déclarations que nous avons pu entendre sur le sujet nous laissent sceptiques. Certains membres du gouvernement ont été jusqu’à avancer LA solutions pour les travailleurs qui resteraient sur le carreau : 146.000 ‘jobs jobs jobs’ seraient vacants sur le marché (des emplois de seconde zone, des sous-statuts, avec des contrats précaires et des conditions de travail au rabais). Pire, ils se sont mêlés plus encore du débat en écartant ouvertement la piste du RCC (ex-prépension), jugé comme étant un mauvais signal dans le cas de Carrefour. 
Nous prenons bonne note de l’intérêt (bien trop tardif) de ce gouvernement envers le sort des travailleurs de Carrefour et du commerce en général. Mais que ce soit clair : les négociations d’entreprise sont l’affaire des interlocuteurs sociaux. Pas question que le politique s’immisce dans ce dossier.

Trouver une alternative aux licenciements

Il faut à présent laisser la concertation sociale suivre son cours. Le choc de l’annonce a laissé place à de nombreuses réactions. Les travailleurs sont dans l’attente et dans l’interrogation. Dans un premier temps, les syndicats veulent recevoir des informations complètes et détaillées de la part de la direction et se laisser le temps d’envisager toutes les pistes possibles. Nous mettrons en œuvre toute notre énergie pour limiter l’impact social et tenter de trouver des alternatives. Enfin, nous exigeons un vrai projet d’avenir qui tienne la route. La direction doit sortir du bois et clarifier clairement ce qu’elle veut faire de Carrefour en Belgique demain et des 10.000 travailleurs qui y sont occupés. Pas question de laisser mourir à petit feu les conditions de travail et l’emploi dans les magasins. Pas question de baisser les bras ni de se résigner.

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