Quelle direction pour Carrefour ?
Le conflit social le plus lourd du SETCa ces dernières années a éclaté le 23 février dernier. Carrefour annonçait brutalement et unilatéralement à cette date que l’entreprise allait fermer 21 magasins et en vendre 27 autres. Un coup de poing dans l’oeil du personnel qui, quelques années plus tôt seulement, en 2007, avait déjà dû encaisser une restructuration.
Coup de tonnerre dans un ciel serein ? A la fin de 2007, la direction avait promis de se mettre directement au travail et d’élaborer une politique commerciale claire et précise. Le SETCa était prêt à y collaborer. Rapidement, il fallut cependant constater qu’il s’agissait d’une promesse creuse…
Au printemps 2008, le SETCa lança dès lors une campagne parmi les travailleurs en posant notamment la question centrale : « Quelle direction pour Carrefour ? » A cette occasion, les travailleurs avaient l’opportunité de nous signaler ce qui ne marchait pas selon eux sur le terrain. Les résultats confirmèrent malheureusement l’impression, à savoir que le bateau Carrefour n’avait pas changé de cap. A l’époque déjà, nous avions exigé alors de la direction qu’elle développe enfin une vision commerciale cohérente et qu’elle prenne ses propres problèmes à bras-le-corps (notamment la politique déplorable en matière d’achats et de stocks). De même, l’état quelquefois pitoyable de certains magasins fut dénoncé. On ne nous entendit cependant pas. Le Groupe Carrefour continua bien à faire des bénéfices, mais aussi à perdre bon an mal an des parts de marché au profit de la concurrence. Paris fit passer le message que les bénéfices devraient augmenter à l’avenir : les actionnaires en voulaient plus.
En réalité, la restructuration de 2010 est donc le résultat de ce que le SETCa soupçonnait depuis tout un temps, à savoir que ce serait de nouveau le personnel qui devrait payer cash les erreurs de la direction. Le verdict est tombé ensuite le 23 février : 48 magasins en moins. Plus de 3000 travailleurs touchés directement. Et des sacrifices à consentir par tous les travailleurs. D’autant plus révoltant qu’un certain nombre d’éléments fondamentaux inacceptables étaient mis sur la table : changement de commission paritaire, tant des magasins que du siège administratif, gel de l’index, restrictions en matière de primes de fin d’année et de primes de vacances…
Aussi, le SETCa à alors mené de solides actions avec le personnel contre ce plan. Tous les magasins intégrés ont fait grève le 27 février et le 30 avril. Et, entre-temps, les grèves spontanées du personnel maintenaient aussi une forte pression sur la direction. Finalement, les négociations ont abouti à un accord qui a été approuvé par la base et entre-temps aussi signé. Vous trouverez le contenu complet de cet accord dans notre Expresso qui sera distribué au personnel à partir du début du mois de juillet.
L’accord social finalement conclu présente l’avantage de ne pas toucher à l’index ou de ne pas toucher aux commissions paritaires. Par ailleurs, 12 magasins n’ont pas été vendus ou fermés. La prépension a été abordée dans une approche sociale, notamment pour pouvoir sauver l’emploi de collègues plus jeunes. Des accords fondamentaux ont été conclus pour les travailleurs des magasins passant chez Mestdagh (ou pour ceux qui souhaitent partir). Ceux qui continuent de travailler dans un Carrefour intégré ou chez Mestdagh bénéficient d'une garantie d'emploi de six ans. Des perspectives en termes de sécurité donc. Cela fait longtemps que les travailleurs de Carrefour ont encore pu en bénéficier. Tout ceci n’a été possible qu’à partir de la combativité manifestée par tous dans ce conflit !
Mais nous ne voyons pas ce combat comme une victoire. Toute restructuration est en réalité un échec. Un certain nombre d’acquis ont été abandonnés. Le direction déclare à présent que la voie est ouverte pour un Groupe Carrefour en bonne santé dans notre pays. C’est déjà ce que l’on nous avait dit en 2007. Le SETCa espère que ce sera vrai cette fois, mais il restera vigilant.