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06/09/2018 15:58 Imprimer

Il faut préserver notre système barémique

Dans son accord d’été (le fameux jobs deal), le gouvernement  prévoit plusieurs mesures qui sont censées créer de l’emploi. L’une d’entre elles nous inquiète particulièrement : celle concernant la refonte de notre système de rémunération. Le gouvernement envisagerait en effet de s’attaquer aux barèmes à l’ancienneté et de les remplacer par un système fondé sur la productivité et la compétence. 

Peu de détails ont filtré quant à la manière dont le gouvernement souhaiterait de concrétiser ce changement d’envergure. On sait qu’une étude du Conseil Central de l’Economie portant sur le lien entre le coût salarial et la compétitivité des entreprises sur le plan intersectoriel devrait voir le jour. Le Ministre de l’emploi a également appelé les partenaires sociaux à mettre sur pied un agenda afin d’en discuter. Notre position est très claire : nous ne pouvons que nous insurger face à ces projets et à cette nouvelle immixtion du gouvernement dans la concertation sociale.

Avant toute chose, il est important de rappeler qu’une importante transformation de notre système barémique a déjà eu lieu il y a une dizaine d’années. Pour satisfaire au principe de non-discrimination, nous avons alors évolué d’un système basé sur le critère de l’âge à un système basé sur l’ancienneté ou l’expérience du travailleur.

Le refrain n’est pas nouveau dans la bouche du monde politique et patronal : notre système barémique actuel (fondé sur l’ancienneté des travailleurs) coûterait trop cher et pousserait les travailleurs âgés hors du marché du travail. La solution miracle serait de rémunérer davantage les travailleurs en fonction des prestations et d’instaurer plus de flexibilité dans les packages salariaux. Aujourd’hui, le gouvernement se cache à nouveau derrière de faux alibis pour mettre à mal l’automaticité des augmentations de salaires en Belgique.

Nous l’avons déjà répété à maintes reprises dans le passé et nous le répétons à nouveau aujourd’hui : l’impact des barèmes à l’expérience est surestimé. Il s’agit là de raisonnements fallacieux qui reviennent de façon cyclique. C’est aller trop vite en besogne que d’attribuer nos problèmes de compétitivité aux barèmes à l’expérience et à leur augmentation automatique. La productivité et la compétence, qui sont avancées comme les nouveaux critères qui devraient être pris en compte, sont loin d’être des critères objectifs.

Dans certains environnements de travail, le rendement est facilement mesurable, dans d’autres, c’est bien plus complexe. Déterminer la compétence d’une personne est également très subjectif (surtout dans certains secteurs comme le social ou les soins de santé (qui, au-delà des ‘savoirs’ font appel au savoir-être et aux qualités humaines et relationnelles). Le passage vers des barèmes basés sur de tels critères constituerait une mise sous pression constante des travailleurs. Le gouvernement semble ne voir les salaires que comme la seule variable d’ajustement en termes de performance économique de nos entreprises. En tant qu’organisation syndicale, nous sommes convaincus qu’il est essentiel de préserver notre système actuel. Les barèmes salariaux à l’expérience constituent un mode de rémunération transparent qui jouit d’un soutien considérable auprès des travailleurs et qui permet à chacun d’être rétribué à sa juste valeur.

Changer notre système actuel remettrait en cause tout l’équilibre de la progression salariale. Que ce soit clair : la formation et la négociation des salaires sont exclusivement l’affaire des interlocuteurs sociaux et doivent le rester. Dans les prochaines semaines, nous veillerons à faire passer ce message le plus largement possible ! Le SETCa interpellera notamment les fédérations d’employeurs des différents secteurs pour réclamer de la clarté quant à leur position dans ce dossier et les appeler à ne pas suivre la voie que le gouvernement voudrait emprunter.

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