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04/10/2011 16:33 Imprimer

“Nous continuons de plaider pour plus d'Europe”


Du 3 au 5 octobre se tiendra le Congrès européen d'UNI sous le slogan ‘Union, Vision, Action’. Le SETCa se rendra à Toulouse avec une délégation bien préparée, sous la direction d'Erwin De Deyn et de Myriam Delmée, président et vice-présidente du SETCa. Entretien sur le (non-)sens de l'action syndicale au niveau Européen au moment précis où l'Europe doit braver la tempête. La politique européenne est actuellement omniprésente dans les informations. Malheureusement pour nous, pas vraiment dans un rôle positif…

 

Presque tout acte de politique européenne part d'une société où le libre marché a priorité sur tout le reste. Où reste la protestation des syndicats européens?


Myriam Delmée (MD): “Ce n'est pas tout noir ou tout blanc. La protestation syndicale est bel et bien organisée à l'échelon européen, comme récemment encore la manifestation syndicale en Pologne. À Bruxelles aussi, des mouvements syndicaux internationaux ont déjà défilé à différentes reprises devant les institutions européennes. Mais une manifestation… ça ne suffit pas. Une action européenne se déroulant au même moment par-delà les frontières, cela ferait bien plus impression”.


Erwin De Deyn (EDD): “L'idéologie néolibérale se répand sur le plan européen, mais les transpositions se font à l'échelon national. Et sont donc étalées dans le temps. Actuellement, la protestation touche l'Italie. Début de cette année, les syndicats anglais mobilisaient contre les plans d'économies de Cameron. Les Français, quant à eux, étaient déjà en rue l'an passé contre les plans de pension de Sarkozy. La protestation est donc bien européenne, mais étalée dans le temps. Partout, les travailleurs protestent contre les économies aveugles, l'allongement de la carrière, la hausse du coût de l'enseignement… mais dans le cadre de leurs propres frontières nationales. Toutefois, le thème du visage 'impitoyable' de l'Europe est toujours bien présent lors de ces manifestations nationales”.


Pouvons-nous, comme syndicats, encore défendre la pensée européenne?


EDD: “Nous devons surtout continuer de le faire de toutes nos forces! Malgré tous ses défauts,  elle fait en sorte qu'il ne reste plus qu'une petite partie de notre population à avoir jamais connu une guerre sur notre territoire. Si nous critiquons l'Europe, nous le faisons en fait parce que sa construction est, à nos yeux, inachevée. Le volet social de l'Europe n'est jamais arrivé à maturité… Nous continuons de plaider pour plus d'Europe”.
MD: “Si vous jetez un œil aux thèmes que nous aborderons au congrès UNI à Toulouse, vous verrez que cela part aussi dans cette direction: vers plus d'Europe”.


N'est-il pas difficile de se détacher de sa propre tradition syndicale nationale lors d'un congrès syndical international comme UNI Europa?


MD: “À l'approche d'un congrès d'UNI, on déploie effectivement beaucoup d'énergie à concilier ce que l'on appelle les 'sensibilités nationales'. C'est normal. C'est à cela qu'est consacrée la majeure partie de l'énergie de n'importe quelle conférence politique internationale, syndicale ou autre. L'Europe n'avancera que pas à pas, les pionniers européens le savaient déjà. Il n'empêche que nous trouvons finalement bien des positions communes”.


EDD: “Et vu les 'cultures' syndicales très différentes, ce n'est pas du tout évident. Prenez la discussion sur le salaire minimum …”.

Le SETCa a déposé une motion à ce sujet, pour aspirer à un salaire minimum dans les États membres de l'UE.


EDD: “Précisément. Cela en étonnera plus d'un, mais un certain nombre de syndicats européens, notamment italiens et scandinaves, ont du mal avec le concept de salaire minimum légal. En fait, ils ne connaissent pas de salaires minimums, uniquement des accords salariaux sectoriels. Ils craignent qu'avec de telles initiatives, la concertation salariale glisse des mains des syndicats et même qu'à terme, la raison d'être des syndicats soit mise en péril”.


MD: “Pourtant, la Belgique est l'exemple parfait de la cohabitation d'un salaire minimum national avec des accords sectoriels et des syndicats forts. C'est pourquoi le SETCa a déposé une motion dans laquelle nous plaidons en faveur d'un salaire minimum en Europe. Dans les documents définitifs du congrès, il est maintenant question de soutien au concept de salaires minimums, mais au niveau national. Nous aurions préféré voir figurer directement l'engagement en faveur d'un socle européen. Ce sera pour la prochaine fois!”.


À quelles vives discussions vous attendez-vous encore?


MD: “S'agissant des pensions, nous souhaiterions tout de même, comme Belges, rompre une lance pour la pension légale, basée sur un régime de solidarité entre les actifs et les pensionnés. Ce système dit 'de répartition' est de plus en plus sous pression. De nombreux pays l'ont déjà laissé tomber et remplacé par le principe selon lequel chacun doit épargner lui-même pour sa pension”.


EDD: “La récente crise financière en a péniblement exposé les risques. Aux Pays-Bas, certains fonds de pension ne sont déjà plus en état de verser les pensions promises, parce qu'ils ont subi des pertes avec certains placements. En soi, les pensions sectorielles complémentaires ne nous posent pas de problème, mais nous estimons tout de même – en toute modestie – que notre système offre les meilleures garanties”.

 

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