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13/02/2018 11:12 Imprimer

Les syndicats ne sont pas les ennemis du e-commerce

Le 25 janvier, la direction de Carrefour a annoncé en Belgique son intention de supprimer 1.233 emplois. Les licenciements seraient nécessaires dans le cadre du plan de transformation plus large « Carrefour 2022 ». Ce plan doit permettre à la chaîne de grands magasins de revenir à son activité centrale, l’alimentation, en laissant toutefois davantage de place au bio, à la numérisation et à l’e-commerce. Le concept de l’hypermarché – englobant de l’électronique et des articles d’intérieur – ne plairait plus au consommateur, ce qui rendrait le modèle déficitaire.

Mauvaise excuse

En d’autres termes, ce n’est qu’aujourd’hui que Carrefour se rend compte que sa clientèle vit à l’ère du numérique. L’entreprise n’ayant jamais vraiment anticipé les changements dans le secteur du commerce, c’est à nouveau le travailleur qui paie l’addition. Les actionnaires sont épargnés, eux sont rétribués royalement chaque année.

Suite à l’annonce du plan de restructuration, certains ont sauté sur l’occasion pour montrer les syndicats du doigt. Selon Jo De Wolf, CEO du groupe immobilier logistique Montea, la faute du fiasco Carrefour doit être attribuée aux organisations syndicales et à leur attitude rigide à l’égard du travail de nuit et du commerce électronique. Il estime que c’est au Gouvernement de décider lui-même où et quand le travail de nuit est possible.

Le travail de nuit serait interdit dans notre pays, ce qui rendrait donc l’e-commerce pratiquement impossible. Or, le travail de nuit est autorisé en Belgique depuis assez longtemps déjà. Dans le secteur logistique (l’e-commerce est aussi une donnée logistique), des dizaines d’accords facilitent déjà le travail de nuit. Aux employeurs d’y recourir.

Il est vrai que le travail de nuit est fondamentalement interdit, mais il est également vrai que la loi à ce sujet – qui existe depuis 1971 – reprend une très longue liste d’exceptions possibles. 3,1% des travailleurs belges effectuent régulièrement des prestations de nuit. Il y a de grandes chances que vous connaissiez quelqu’un dans ce cas.

Depuis 2015, il existe en outre un accord-cadre sur l’e-commerce pour toutes les commissions paritaires du Commerce. Cet accord a été conclu par le ministre de l’Emploi Kris Peeters (CD&V), les employeurs et les syndicats. Il permet, tant à l’épicier du coin qu’au supermarché, d’introduire du travail de nuit pour l’e-commerce. Moyennant, toutefois, un accord des syndicats, qui constitue un cadre nécessaire et raisonnable pour prévenir les dérapages.

Bien que Carrefour ait tenté de développer quelques activités d’e-commerce, le groupe n’a jamais été demandeur d’un tel accord. Nous constatons que très peu d’entreprises ont contacté les syndicats pour permettre le travail de nuit pour le commerce électronique. Nous ne pouvons donc qu’en conclure que « miser sur l’e-commerce » est une excuse facile pour licencier sans trop porter atteinte à son image de marque.

Carrefour veut se concentrer sur la vente en ligne d’alimentation, mais cela ne semble pas extrêmement urgent. Il ressort de chiffres de BeCommerce, la fédération sectorielle de l’e-commerce, que les Belges achètent surtout des services en ligne, tels que des billets d’avion. 8% des dépenses en ligne vont à des produits et un maigre 1,1% est dévolu à l’alimentaire.

E-commerce : une situation gagnant-gagnant

Il est toutefois certain que le commerce électronique doit continuer de se développer. Les habitudes du consommateur changent et les entreprises doivent s’adapter. Les syndicats ne peuvent que se réjouir d’une occupation accrue dans l’e-commerce. Mais il doit alors s’agir d’un emploi de qualité. Voilà le cœur du problème : les organisations patronales dénoncent la hauteur des charges salariales dans notre pays.

On compare souvent la situation à celle des Pays-Bas. Mais on « oublie » tout aussi souvent que ce sont principalement des étudiants qui y travaillent dans l’e-commerce. Un jeune de 18 ans travaillant à temps plein y gagne un salaire mensuel brut de 706 euros, soit 4,29 euros de l’heure. Aux Pays-Bas, la fiscalité est en outre plus favorable aux étudiants jobistes qu’aux travailleurs normaux. Si nos collaborateurs logistiques doivent faire concurrence à ces charges salariales, nous sommes partis pour un fameux démantèlement social.

Des entreprises comme Torfs, Vanden Borre ou IKEA prouvent toutefois que c’est possible. Le géant du meuble vient de signer avec les trois syndicats une CCT visant à autoriser le travail de nuit. Les travailleurs peuvent travailler de nuit s’ils le veulent et reçoivent une indemnité en échange. Une situation gagnant-gagnant pour l’entreprise et les travailleurs.
La législation offre donc bel et bien suffisamment de possibilités de faire prospérer l’e-commerce en Belgique. Comme syndicat, nous sommes prêts à y jouer notre rôle, en collaboration avec les employeurs.

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