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04/10/2018 10:53 Imprimer

La Crise des crises

Tout a été dit ou presque sur la crise financière qui a éclaté voici 10 ans. Spéculation, dérégulation, titrisation, subprimes, contagion à l’économie réelle, récession, faillites et restructurations, austérité… Le lobby bancaire, fils de capitaliste, a dévoilé son vrai visage, et les réponses apportées par les leaders politiques européens ont montré leurs limites. Retour sur 5 dates symboliques de cette succession de crises.

 

15 septembre 2008 : coup de tonnerre

Lehman Brothers, la 4e banque des États-Unis, fait faillite. 25.000 travailleurs sont remerciés. La dette se compte en milliards. Mais il ne s’agit pas d’un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Depuis l’été 2007 déjà, la crise des subprimes – liée, entre autres, à l’effondrement du marché immobilier américain – fragilise de nombreuses institutions bancaires aux États-Unis. Le Plan Paulson dégage 700 milliards pour racheter les créances toxiques aux banques… mais le mal est fait. 
Cette faillite, par une réaction en chaîne, entraîne dans son sillage l’économie mondiale. La crise financière se transforme en crise économique, « la Grande récession ». Le commerce mondial dégringole de plus de 10%, le PIB européen chute de 4,5%, le chômage en Europe passe de 7,1% en 2008 à 10,5% en 2012.

29 septembre 2008 : en Belgique aussi

L’État belge devient l’actionnaire majoritaire de Fortis (d’abord à 49%, puis à 100%) avant de revendre quelques jours plus tard 75 % des parts au Français BNP-Paribas. Dans le secteur bancaire, rachats (pour Fortis, on pensera à ABN Amro), concentrations, ainsi que l’interdépendance des différents acteurs des finances ont fait naître des colosses aux pieds d’argile. Suite à la crise des subprimes et à la crise bancaire américaine, les banques souffrent, entre le manque de liquidités, les actifs toxiques, le credit crunch…  Bien décidé à ne pas laisser un scenario à la Lehman Brothers se produire, L’État belge prend les choses en main. Ce n’est que le 1er acte de ce qui deviendra plus tard le Fortisgate. Fortis n’est pas la seule à être mise sous perfusion publique: Dexia, KBC et Ethias bénéficieront également des aides de l’État. 

Le 23 avril 2010 : la dictature des agences de notation

La Grèce demande le soutien du Fonds monétaire international pour se renflouer. La Grèce est en effet empêtrée dans une dette publique élevée, doublée d’un fort déficit budgétaire. Avec la crise de 2008, les banques n’ont plus confiance… elles augmentent leurs taux d’intérêts pour ces pays dont les notations s’érodent, ainsi qu’en ont décidé les agences de notation comme Standard and Poor’s ou Moody’s et Fitch. L’Irlande, le Portugal et l'Espagne sont aussi en difficulté. La crise de la dette souveraine dans la zone euro s’institutionnalise.  La dette devient une obsession, justifiant à elle seule des politiques d’austérité dont les effets se font sentir encore aujourd’hui dans les services publics, la Sécu, les soins de santé…
Depuis 2010, les États européens et le Fonds Monétaire International ont prêté à la Grèce près de 288 milliards d'euros. En contrepartie, la Grèce s’est vue contrainte de prendre une série de mesures drastiques, sous le contrôle de la Troïka (Banque centrale européenne, commission européenne, Fonds monétaire international) : gel des salaires des fonctionnaires, hausses de la TVA, baisse du salaire minimal, réforme du marché du travail, détricotage systématique des services publics… les  sacrifices des Grecs sont immenses, l’économie est exsangue.


12 septembre 2010 : l’heure de la vertu

La responsabilité des banques dans la crise systémique est évidente. Après avoir joué les pompiers, les autorités publiques redéfinissent des règles prudentielles et autres mécanismes de contrôles. Les accords de « Bâle III », adoptés en septembre 2010 par le comité de Bâle, doivent rendre les banques plus résistantes à la crise en limitant leur exposition aux risques du marché. Ces règlementations prévoient augmentation des réserves de capital, fonds propres d’une meilleure qualité, gestion plus prudente… mais ces mesures restent timides, sont soumises à la bonne volonté des États, les fonds propres génèrent des coûts, répercutés, entre autres, sur les tarifs pour les clients ! L’Europe tente aussi de se doter des garanties suffisantes pour ne pas se retrouver à nouveau confrontée à des situations telles que l’ont connu l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne. La création du mécanisme européen de stabilité, le 1er juillet 2012, doit apporter une aide financière aux États de la zone euro en difficulté, au travers de prêts et d’émissions d’obligation.


3 mai 2013 : les travaillent paient la note

Comme dernière date, nous aurions pu choisir le jour où Dexia a été nationalisée. Une faillite qui aura couté 4 milliards à l'État belge, et tout autant à la France. À travers les tractations actuelles autour de la mise en bourse de Belfius, née des cendres de Dexia, c’est le signe que toutes les leçons n’ont pas été tirées des erreurs du passé. Une privatisation implique tout simplement que les dividendes ne renfloueront plus les caisses de l’État… mais celles des actionnaires, avec son lot de prises de risques pour rentabilité maximale, et ses plans d’économies, au détriment du personnel et des clients.
Symboliquement, nous mettrons plutôt en lumière l’action « Ne laissez pas couler le personnel des finances ». Ce jour-là, plusieurs centaines de travailleurs se sont rassemblés en front commun à Bruxelles pour alerter fédérations patronales et grand public du naufrage de l’emploi et des conditions de travail qui s’opérait, et s’opère encore, dans leur secteur. Depuis 2000, c’est une tendance de fond, qui s’est encore accélérée avec la crise financière de 2008. Les frais de personnel ont servi de variable d’ajustement pour tenter d’équilibrer des bilans en berne ou pour comprimer les coûts. La digitalisation a également servi de prétexte à la purge. Entre 2000 et 2016, 17.000 emplois ont été supprimés rien que dans les banques, soit une diminution de l’ordre de 26%. Les fusions, plans de restructuration/réorganisations ou licenciements individuels se sont succédé à toute vitesse. Les exemples ne manquent pas : Belfius, ING, Fortis, Axa, Ethias, etc. Les perspectives d’avenir restent tendues, comme en témoignent Jean-Michel Cappoen et Pia Desmet ci-contre.


À lire, à voir
  • Inside Job de Charles Ferguson. L’oscar du meilleur documentaire de 2011, retraçant l’effondrement du système financier de l'automne 2008.
  • Le casse du siècle de Michael Lewis, dresse le portrait de ces acteurs du monde des finances qui avaient vu la crise arriver. L’ouvrage a été adapté au cinéma en 2015.
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