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19/02/2018 17:03 Imprimer

Menace de grève informatique dans les pouvoirs publics flamands

Discrimination à l’âge systématique chez DXC Technology Belgium

La direction de DXC Technology à Malines a annoncé son intention de remplacer systématiquement la majorité des plus de 45 ans par de jeunes diplômés. En outre, la direction ne montre pas le moindre respect pour la concertation sociale et pratique un chantage à l’égard du  personnel. Le front syndical menace dès lors de faire grève.

La discrimination à l’âge comme modèle d’entreprise

DXC Mechelen assure l’informatique des pouvoirs publics flamands en vertu d’un contrat conclu jusqu’en 2022. L’entreprise est issue de la fusion entre le département Enterprise Services de HP et CSC. Le 26 octobre 2017, le Country manager Philippe Jaeken a annoncé l’intention de licencier 89 des 584 employés. DXC Technology poursuit ce faisant la politique de HP, consistant à reprendre les départements IT de pouvoirs publics et de grandes entreprises, et ensuite à licencier une grande partie des membres du personnel. Chez HP, ces personnes étaient remplacées par du personnel de pays à bas salaires de l’UE (essentiellement Roumanie, Bulgarie et Pologne). Comme les pouvoirs publics en Pologne et en Ecosse par exemple – contrairement à la Flandre – sont toujours parvenus à exiger une création d’emplois, des milliers de jobs ont ainsi quitté la Flandre vers ces « hubs ». Lors d’une précédente législature, des protestations avaient encore été émises en vain contre ces pratiques dans l’administration flamande. À l’époque, les compétences appartenaient au ministre Bourgeois, elles sont aujourd’hui entre les mains de la ministre Homans.

Par le passé, les syndicats ont mis l’accent dans chaque plan social sur la nécessité d’un plan de formation, pour que la Belgique puisse elle aussi devenir un « hub » pour des emplois futurs. C’est d’ailleurs ce qui a été obtenu  dans la CCT actuellement en vigueur. Malgré l’insistance des syndicats, DXC a tout de même procédé à de nouveaux licenciements et il n’a pas été question de formation.

Dans l’attente d’un véritable plan de formation, la CCT décourage par ailleurs de licencier prioritairement les travailleurs plus âgés. De nombreux travailleurs de DXC sont âgés. Ils ont été rapidement envoyés à la prépension à la suite de leur licenciement. Jaeken va cependant encore un pas plus loin. En effet, il veut également installer le modèle de DXC Zaventem à Malines. L’entreprise y achète le logo de « Top Employer » pour attirer des jeunes. Après quelques années de dur labeur, ils découvrent la véritable nature de l’entreprise et remettent dès lors  leur démission. Chaque année, en moyenne 20% de l’effectif total en personnel quittent DXC Zaventem de leur propre initiative.

En résumé, Jaeken a donc annoncé vouloir encore licencier davantage de plus de 45 ans pour les remplacer ensuite par de jeunes diplômés censés rester seulement quelques années dans l’entreprise. Face à ces 89 licenciements de travailleurs âgés, l’entreprise prévoit l’embauche 50 jeunes cette année.

Chantage

Les licenciements récemment annoncés ont lancé la phase d’information et de consultation de la loi Renault. Lors de ce round d‘information et de consultation, l’employeur doit expliquer aux représentants des travailleurs pourquoi il procède à la restructuration. Les travailleurs doivent avoir la possibilité de poser des questions et de faire des contre-propositions pour atténuer l’impact autant que possible. Le plan social ne peut être négocié qu’une fois cette phase terminée.

Alors qu’il avait à peine répondu à deux questions lors de la phase d’information et de consultation, Jaeken a estimé que c’en était assez. Il a déclaré formellement que tout cela n’avait pas de sens. Le 11 janvier, il a alors entamé un chantage à l’adresse du  personnel. Celui-pouvait accepter la liste des licenciements, avec application du plan social en cours et, à partir du 1er novembre 2018, des licenciements mensuels de travailleurs de plus de 50 ans à concurrence de 25% du plan social, et sans autre accompagnement à partir du 1er avril 2019.

À défaut, il mettrait formellement un terme au licenciement collectif et licencierait les 89 personnes pour « dysfonctionnement » sans accompagnement social ni application de la CCT d’entreprise.

Bien que cette opération soit manifestement illégale, les représentants du personnel ont tout de même présenté le choix aux travailleurs. A l’occasion d’un vote secret (440 participants), presque 98% des membres du personnel ont rejeté le chantage et décidé de passer à l’action si l’on ne retournait pas à la table des négociations.

Après quelques semaines de réflexion, Jaeken a annoncé le 25 janvier qu’il retirait le licenciement collectif. Tout semblait donc rentrer dans l’ordre, jusqu’à ce qu’il apparaisse le 5 février qu’il poursuivait malgré tout son chantage. Un « personal improvement plan » sera lancé pour une partie des travailleurs concernés pour encore les licencier. D’autres sont mis sous pression pour signer une transaction afin de partir « de leur propre initiative ».

Finalement, une conciliation a été demandée dans une ultime tentative d’aboutir à une solution. Si celle-ci n’aboutit pas à l’arrêt de cette opération illégale et de la grave discrimination des travailleurs âgés, la grève menace chez DXC et donc pour l’informatique de l’administration flamande.

Pouvoirs publics flamands : prenez vos responsabilités !

Les travailleurs de DXC Technologys se posent de plus en plus de questions à propos du rôle de ces pouvoirs publics flamands dans ce dossier. Ils ont été informés de ce plan le 18 janvier. La première réaction a été l’indignation. Un e-mail dans lequel la direction démentait le plan s’est toutefois avéré suffisant pour les rassurer. Ils n’ont pas accédé à la proposition de la représentation des travailleurs de prendre connaissance de la preuve du contraire. Apparemment, ils préfèrent ignorer délibérément les choses afin de pouvoir garder un semblant d’innocence a posteriori lorsqu’en novembre, les plus de 45 ans seront systématiquement remplacés par de jeunes diplômés.

Malgré le besoin de profils IT, la plupart des entreprises ne sont pas disposées à engager des travailleurs plus âgés et expérimentés. Le scandale révélé chez Atos en 2016 risque de se répéter. À l’époque, les services du ministre flamand Muyters avaient distribué à tous va des permis de travail pour travailleurs IT situés hors de l’UE pour permettre le licenciement des travailleurs âgés.

Les pouvoirs publics flamands ont MAINTENANT la possibilité d’agir préventivement contre de telles pratiques en leur sein. Plonger la tête dans le sable et feindre une fois encore l’innocence par après serait particulièrement hypocrite. Surtout que les pouvoirs publics ne cessent d’évoquer l’allongement de la carrière et les opportunités pour les travailleurs âgés. Pourtant, en l’occurrence, c’est bien l’inverse qui intervient dans la pratique.

 

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