SETCa > News > Vous méritez le meilleur : YES, WE CAN !

14/04/2010 15:01 Imprimer

 
Il n’est pas fréquent de pouvoir se tourner vers les Etats-Unis pour évoquer la réalisation d’un progrès social. La signature de la Health Care Bill la semaine dernière par Barack Obama, le président des Etats-Unis, nous en offre cependant l’occasion.

 

Grâce à cette loi, les citoyens américains pourront bénéficier dorénavant d’un système de santé (presque) universel. S’agit-il d’une loi parfaite ? Loin s’en faut ! Dans le système américain, les assureurs privés continuent d’effectuer le remboursement des frais de maladie. Tant de gens ont plaidé en faveur d’un assureur aux mains des pouvoirs publics à l’instar de ce qui se passe en Europe occidentale. Il n’en sera rien. L’employeur ne sera pour ainsi dire obligé de payer l’assurance pour ses travailleurs que dans les seules entreprises comptant plus de cinquante travailleurs. A défaut de quoi une amende lui sera infligée. Même avec la nouvelle loi, le système de santé américain reste très éloigné de notre modèle. Qui est pourtant plus efficace. Ainsi, notre pays a dépensé 10,2% de notre PNB en frais pour la santé, alors que ces derniers s’établissaient (même sans protection générale) à 16% aux Etats-Unis. Le libre marché ne règle donc pas nécessairement les choses à meilleur prix.

Et pourtant, cette loi est sans conteste un jalon important. Pas seulement pour les 32 millions d’Américains qui, eux aussi, pourront bénéficier dorénavant du remboursement des soins médicaux, mais encore à titre de signal à l’adresse du reste du monde. Qu’il soit encore possible de réaliser des progrès sociaux en dépit des difficultés et de l’opposition qui les accompagnent. Qu’il soit encore possible d’étendre les droits des plus faibles, sans pour autant porter atteinte aux droits des autres. Que ce soit encore possible aux Etats-Unis, un pays qui embrasse tout de même le libre marché dans sa forme radicale, voilà autant d’éléments qui ne font que renforcer le signal ainsi lancé. Même au 21e siècle, il est toujours possible de renforcer les droits de ceux qui ont besoin de soutien et de protection.

Aussi, voilà bien une idée sur laquelle nous ne pouvons pas céder. Depuis les années nonante, pour de nombreux ‘faiseurs d’opinion’ et responsables politiques, la seule hypothèse de travail encore possible consiste à réduire les droits sociaux en présentant la note aux petites gens. Ces idées imprègnent aussi progressivement les esprits de ceux qui en définitive en feront les frais. L’actualité, aujourd’hui encore, en offre suffisamment d’exemples. Pensons au dossier des pensions : travailler plus longtemps, céder des augmentations de salaire pour devoir épargner pour sa propre pension… n’allez pas croire que les gros revenus en soient les victimes. Ce même courant d’idées plombe aussi tout le débat sur les prépensions. Les victimes d’une restructuration qui se voient mises à la prépension ne sont que trop souvent qualifiées de profiteurs du système. Que les personnes de plus de 50 ans n’aient plus guère la possibilité de trouver un emploi n’y fait manifestement rien. C’est le travailleur licencié le coupable !

S’agissant du débat sur l’harmonisation des statuts ouvrier et employé, il importe d’éviter cette même erreur. Ici encore, d’aucuns tentent de présenter les choses comme s’il était ‘raisonnable’ et ‘logique’ que les employés fassent des sacrifices par exemple en matière d’indemnité de préavis pour que les ouvriers obtiennent enfin l’indemnité de préavis à laquelle ils ont droit. Et l’on recouvre ensuite l’ensemble d’une petite sauce agréable accompagnée d’anecdotes sur un « droit de licenciement moderne » et la « mobilité du travailleur » pour dissimuler qu’il s’agit en réalité de démantèlement social. La discussion ne doit pas porter sur la question de savoir qui doit faire des sacrifices. Non, le débat doit porter sur ceux qui doivent finalement obtenir les droits qu’ils méritent.

Pour le SETCa c’est de progrès social qu’il s’agit, pas de démantèlement. Ce fut possible par le passé. C’est possible aujourd’hui. Pour les ouvriers comme pour les employés.