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04/10/2017 14:50 Imprimer

Travail à temps partiel : encore plus flexible et plus précaire (-2)

 

Que cela signifie-t-il ?

Il était déjà toujours attendu des travailleurs à temps partiel qu’ils soient très flexibles. Mais auparavant, il était au moins question de quelque peu de transparence. Vous saviez quand vous deviez travailler et pour quel salaire. Un employeur peut à présent par exemple décider que la période s’étend de 6h à 20h, mais vous ne savez que quelques jours à l’avance quand vous devrez travailler précisément. De cette manière, il devient par exemple impossible d’exercer un 2e emploi. Un sérieux coup dur pour les nombreuses personnes qui ne travaillent pas à temps partiel par choix. Sans parler des travailleurs ayant des enfants. Comment peuvent-ils prévoir des gardes à temps et gérer leur ménage ? L’équilibre entre travail et vie privée est bien loin.

De plus, il faut beaucoup moins vite payer un sursalaire. Une situation absurde : ceux qui travaillent plus doivent être payés plus. De la sorte, les travailleurs à temps partiel sont doublement punis.

Cet assouplissement favorisera également le travail au noir. Plus très compliqué de traficoter les heures prestées, à présent qu’il n’y a plus de registre des dérogations. Les travailleurs qui doivent travailler plus longtemps à l’improviste devront peut-être constater par après que leurs heures ne sont pas du tout notées. Cela vide totalement de sa substance le principe de contrôle par l’inspection, au détriment du travailleur et de la sécurité sociale, qui risque ainsi de perdre des moyens à cause du travail au noir.

 

Julie, 27 ans, collaboratrice service clientèle

« J’aimerais avoir plus d’heures, mais mon manager dit que c’est actuellement impossible, bien que je doive régulièrement rester plus tard. Comme il est très difficile de s’en sortir avec un temps partiel, j’ai déjà postulé plusieurs fois pour un second travail à temps partiel. Mais mon horaire est si changeant qu’il m’est impossible de m’engager auprès d’un autre employeur. Ils veulent naturellement aussi que vous soyez toujours disponible. En général, je travaille tard et les week-ends, mais il se peut aussi que mon horaire soit totalement chamboulé. Cela pèse non seulement sur mes finances, mais aussi sur ma vie sociale. Ma famille et mes amis veulent savoir si je pourrai être présente, mais je ne peux le dire qu’au dernier moment. J’espère donc avoir rapidement un peu plus de stabilité. »

 

Johan, 34 ans, manutentionnaire dans le commerce

« Cela fait plusieurs années que j’enchaîne des contrats à durée déterminée dans le secteur du commerce. Toujours des contrats à temps partiel et à horaire variable, bien évidemment. C’est du travail et donc dans ce sens, cela me convient. C’est mieux que de ne pas en avoir et d’être à la recherche d’un emploi. Néanmoins, ce n’est pas évident… Quand un contrat prend fin, je me demande toujours : qu’est-ce que je vais retrouver comme job ensuite ? Où et quand ? J’ai parfois la sensation d’être perpétuellement sur des montagnes russes. Le fait de travailler à temps partiel avec des horaires variables implique qu’on doit souvent mettre sa vie privée entre parenthèses. Les repas de famille, les jours de fête, les anniversaires, les occasions particulières, etc. : impossible pour moi d’avoir la garantie que je pourrai y être. En tant que travailleur « non fixe », je ne dois pas trop faire la fine bouche. Mes plannings ne sont jamais pareils. On s’organise comme on peut ! Ce n’est pas facile à gérer pour ma compagne. Nous sommes tous les deux dans la trentaine. Nous n’avons pas encore d’enfant mais nous avons le projet de fonder une famille. Vu ma situation, je me demande parfois comment nous allons faire pour concilier tout cela. »


Notre gouvernement a beau déclarer vouloir créer des emplois, nous ne voyons jusqu’à présent qu’une précarité et une flexibilité accrues. La flexibilité attendue ne fait pas que s’en prendre à notre vie privée, elle représente aussi un coût élevé. Non seulement, il devient plus difficile (voire impossible) de combiner 2 emplois à temps partiel, mais en outre, ceux qui travaillent plus longtemps reçoivent moins vite un sursalaire. Une situation hallucinante.


L'introduction des flexi-jobs (à partir de 2018) dans le commerce n'améliorera pas la situation. Pourquoi un employeur donnerait-il plus d'heures à un employé fixe dès lors qu’il peut disposer comme il veut, et au rabais, de flexi-jobbers ou d’étudiants ?  Nous ferons dès lors tout ce qui est possible pour protéger au maximum les travailleurs. 

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