
Sonaca : « Crise, mais aussi règlement de compte »
Entreprise : Sonaca
Domaine : aéronautique
Localisation : Gosselies, Hainaut
Travailleurs touchés : 457 sur environ 1600. 317 ouvriers dont 17 intérimaires. 120 employés. 20 cadres
Quand vous montez dans un Airbus, une partie de ses ailes ont probablement été conçues à la Sonaca. Après une recapitalisation en 2008 (136 millions €), la Région wallonne, actionnaire à 88%, refuse de passer à la caisse, expliquant que la Commission européenne s’y opposerait. Aujourd’hui, 457 emplois risquent de passer à la trappe. Rencontre avec Rudy Pirquet, secrétaire général du SETCa Charleroi.
La crise justifie-t-elle les licenciements ?
En partie seulement. Le marché est frivole et sujet aux fluctuations du dollar. La production a chuté de 35%. Mais la reprise est annoncée et des contrats signés pour 2012-2013.
C’est un peu la crise perpétuelle…
Le problème est structurel. La Sonaca a toujours oscillé entre nouvelles commandes et ralentissements. Les compagnies aériennes ne renouvellent pas leurs flottes chaque année. La durée de vie des avions s’allonge. Il faudrait sans doute mieux gérer le long terme, thésauriser durant les bonnes années pour affronter les moins bonnes. Gérer, c’est prévoir.
Les travailleurs sont-ils vraiment trop nombreux ?
Le management précédent a eu des défaillances. Par le passé, la Sonaca a sans doute engagé de nouveaux collaborateurs sans vraie vision de long terme. En Conseil d’entreprise, les délégués l’ont souvent pointé et proposé des formules de départs naturels. Sans succès.
La direction prétend aujourd’hui que certains travailleurs sont incompétents ou improductifs. Des reproches qui nous hérissent ! Quand nous demandons des explications, c’est le silence. Un bureau extérieur a effectué une enquête sur le personnel mais on n’a jamais eu les détails. Ca ressemble donc fort à un règlement de compte contre certains employés.
Ne risque-t-on pas une perte de savoir-faire ?
Si. Après les précédentes plans sociaux, on a vu qu’il fallait très vite réengager de nouvelles personnes. En attendant, les connaissances de ces travailleurs expérimentés étaient parties avec eux. Pour faire face à cette mauvaise passe, il faudrait au contraire investir dans la formation des employés, pour rendre la société plus forte après la reprise.
Quelles alternatives aux licenciements secs ?
Il y aura quelques départs naturels, quelques contrats à durée déterminée ou intérimaires qui se termineront, quelques contrats loués (sous-traitance) qui arriveront à échéance. Le problème persiste pour 70-80 employés. Nous voulons privilégier les prépensions dès 55 ans. Ensuite, mettre en place des formations de longue durée, voire une réduction du temps de travail pour les plus de 45 ans.