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22/10/2014 13:22 Imprimer

Salaires à l’ancienneté

Les apparences sont trompeuses

Ce nouveau gouvernement met également les barèmes sous pression. Inutile de chercher la raison bien loin : les accords collectifs exaspèrent les employeurs. Ils préfèrent avoir une liberté absolue quant à la manière dont ils paient les travailleurs individuellement. Le Gouvernement semble désormais suivre leur raisonnement.

 

La rémunération liée à l’expérience, par le biais d’un barème, jouit d’un grand soutien parmi les travailleurs. De nombreux sondages le démontrent. C’est pourquoi certains tentent, depuis des années, de présenter ces barèmes comme quelque chose de « mauvais ». Leur principal argument consiste à dire que le nombre relativement faible de travailleurs âgés occupés dans notre pays serait dû aux barèmes. Ces arguments retiennent beaucoup d’attention, alors qu’ils sont critiquables. Le SETCa veut aller à contre-courant. Nous avons dès lors publié la semaine dernière une « Carte blanche » dans un grand quotidien. Voici nos arguments.

Il est exact que l’emploi des travailleurs âgés est plutôt faible en Belgique. Actuellement, 40 % des travailleurs de plus de 55 ans sont effectivement occupés. Nous accusons ainsi un retard de 9 % par rapport à la moyenne européenne, en dépit de l’important rattrapage que notre pays a réalisé au cours des dernières années. Pour autant, nous ne pouvons pas marquer notre accord sur les trois thèses négatives qui reviennent souvent lorsqu’on parle des barèmes. Ainsi, il n’est pas exact que les salaires des travailleurs âgés sont excessifs en Belgique en comparaison avec d’autres pays européens. De même, il n’est absolument pas établi que la productivité diminuerait à partir d’un certain âge. Enfin, on ne peut pas imputer aux barèmes sans autre forme de procès la responsabilité du taux d’activité relativement plus bas des travailleurs âgés en Belgique.

D’abord, les salaires des travailleurs âgés en Belgique ne sont pas exorbitants, même à la lumière d’une comparaison internationale. En Belgique (comme en France) le taux d’emploi des travailleurs âgés peu qualifiés est relativement moindre que dans les autres pays européens. La disparition de cette catégorie de travailleurs relativement moins payée du marché du travail tronque le « salaire moyen » d’un travailleur âgé vers le haut, ce qui explique pourquoi la Belgique et la France comptent des travailleurs âgés « en moyenne » mieux payés. C’est la raison pour laquelle il n’est pas correct de comparer sans plus la rémunération moyenne en fonction de l’âge entre pays.

Le Conseil supérieur de l’emploi estime à juste titre dans son dernier avis que – pour utiliser un terme savant – il est question en l’occurrence d’un effet de composition qui fausse systématiquement le salaire moyen des travailleurs de plus de 55 ans en Belgique et en France. Au demeurant, les systèmes de rémunération en fonction de l’expérience existent dans tous les pays européens. Les augmentations barémiques jusqu’à 15 ou 20 ans sont très courantes. La Belgique n’est pas une exception.

 

Expérimenté, mais pas improductif

Par ailleurs, il n’est pas établi que la productivité individuelle diminue à partir d’un certain âge. Une telle thèse n’a jamais été démontrée dans la littérature scientifique. Nombre d’études tiennent trop peu compte des aptitudes relationnelles et de l’expérience spécifique à l’entreprise constituées par un travailleur.  Les travailleurs âgés connaissent souvent une entreprise par cœur tout en ayant constitué un vaste réseau. Souvent, ceci requiert simplement du temps.

Une étude fréquemment citée démontre que les entreprises comptant beaucoup de travailleurs âgés sont moins productives. Ceci ne permet toutefois pas d’en tirer d’office des conclusions concernant les travailleurs individuels proprement dits. Certain scientifiques, comme l’économiste français Aubert, constatent que des entreprises comptant beaucoup de travailleurs âgés sont souvent occupées à des tâches économiques plus anciennes, moins innovatrices. C’est la raison pour laquelle le Conseil supérieur de l’emploi estime également dans son avis que les résultats de l’étude sur la productivité de travailleurs âgés restent discutables.

Enfin – et nous en arrivons à l’argument utilisé le plus fréquemment pour mettre en cause les barèmes à l’expérience – il n’est pas permis de leur imputer la responsabilité d’une expulsion anticipée des travailleurs du marché du travail. Il convient tout d’abord de constater que les ouvriers ne disposent pas de barèmes. Par ailleurs, ce sont surtout les employés supérieurs chez qui l’on trouve des barèmes à forte courbe de croissance. Les employés moins payés voient leur salaire augmenter de 21% sur une période de 20 ans, pour les fonctions supérieures, cette augmentation est de 36%. Ce dernier groupe est aussi surtout celui dont les barèmes sont plus longs.  Bref, il n’est pas permis d’invoquer l’existence des barèmes comme explication du taux d’activité plus bas des travailleurs âgés ni dans le cas des ouvriers, ni dans celui des employés moins qualifiés. Nous constatons cependant que ce sont précisément ces groupes qui quittent le marché du travail le plus tôt. Quant aux travailleurs plus hautement qualifiés, nous savons qu’ils restent plus longtemps au travail. Pourtant, dans leur cas, ils continuent d’être toujours mieux rémunérés vers la fin de la carrière. Souvent même lorsqu’ils arrivent au bout de leurs barèmes à l’expérience.

Il est logique que la rémunération progresse avec l’expérience. Comme la productivité est difficile à mesurer, l’ancienneté est utilisée depuis de nombreuses années à titre d’approximation. Il est donc impossible d’imputer aux échelles barémiques la responsabilité d’un départ anticipé des travailleurs belges du marché du travail. En effet, ce sont surtout les ouvriers et les travailleurs peu qualifiés qui anticipent leur départ. Or, pour eux, les augmentations barémiques sont limitées ou quasi inexistantes.

Nous n’avons donc que faire d’un discours qui remet les barèmes en question. Pas en tout cas si l’objectif est de garder les travailleurs âgés plus longtemps au travail. Pour ce faire, c’est de travail de qualité que l’on a besoin, à tous les âges. Les échelles barémiques ou barèmes salariaux constituent un mode de rémunération transparent qui jouit d’un soutien considérable auprès des travailleurs. Il est donc temps de dépasser les préjugés sur nos échelles de salaires.

 

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