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04/10/2018 12:01 Imprimer

Retour sur la crise, à travers les yeux de…

Pascal, Marjorie et Christophe sont tous les trois délégués et travailleurs dans le secteur bancaire. Ils nous livrent leurs témoignages et nous racontent comment ils ont vécu cette fameuse crise de 2008.

 

Pascal Breyer (ING)

« Elle a eu bon dos la crise ! »

« Chez ING, nous n’avons jamais vraiment rencontré de gros soucis par rapport aux bénéfices, qui tournaient toujours autour du milliard d’euros. Le discours qui a été utilisé par les dirigeants au moment de la crise et les années qui ont suivi se résume en un mot : prévention. En 2008, la banque ne se portait pas mal du tout mais sous couvert de la crise, la direction a déclaré vouloir anticiper des problèmes qui pourraient survenir. Ce climat d’insécurité qui planait un peu partout dans le monde bancaire a ainsi été utilisé pour supprimer ‘préventivement’ toute une série d’avantages financiers et d’acquis sociaux qui étaient récurrents. Après coup, les bénéfices ont continué à être juteux et la direction a pu justifier ses décisions, en se félicitant au passage d’avoir ‘si bien’ anticipé et d’être de ‘si bons’ employeurs. Elle a eu bon dos la crise !

« L’annonce du plan de restructuration en 2016 a été un vrai coup de massue pour le personnel. A l’époque, pas mal de bruits courraient concernant de possibles licenciements mais on ne s’attendait pas à quelque chose d’une telle envergure. A nouveau, l’argument des dirigeants à ce moment-là a été dire : ‘mieux vaut prévenir que guérir’. Sauf que depuis lors, nous ne nous portons pas bien. Au contraire, on peut même dire que c’est le chaos.  La direction est en train de restructurer toute la banque en même temps. Un paquet de gens expérimentés ont été licenciés. D’autres sont en phase de l’être ou savent déjà que d’ici X mois ou années, ils seront à la porte. A côté de cela, toute une série de nouveaux travailleurs sans beaucoup d’expérience ont été engagés et se retrouvent catapultés dans une toute nouvelle structure. Tout ce petit monde se mélange, dans une nouvelle organisation de travail qui ne fonctionne pas, face à des clients qui râlent parce qu’ils subissent les conséquences de cette situation chaotique. »

« Les travailleurs se posent énormément de questions. Pour eux, c’est très difficile à vivre. Ils ont aussi le sentiment que ce sont eux qui ont payé le prix le plus lourd face à la crise, tandis que les responsables n’ont pas appris de leur erreurs et s’en sont relativement bien sortis… »

 

Marjorie Lion (BNP Paribas Fortis)

« La crise a marqué tout le monde et a bouleversé les choses »

« Je suis devenue déléguée syndicale deux mois avant que la crise n’éclate. A cette époque, la direction répétait inlassablement un discours qui se voulait rassurant. Au niveau de la DS, nous étions dubitatifs et nous nous rendions bien compte que quelque chose ne tournait pas rond. Les membres du personnel étaient très inquiets, bon nombre d’entre eux avaient investi dans Fortis à travers des plans de participation suite aux appels lancés par la direction. Beaucoup étaient donc ‘parties prenantes’ de la banque. Quand la crise est arrivée, cela a été catastrophique. Dans les agences, les collègues devaient faire face à la clientèle qui était paniquée. Eux-mêmes l’étaient également et ils n’avaient pas suffisamment d’informations sur ce qui se passait pour pouvoir rassurer les gens. A ce moment-là, on avait l’impression qu’il n’y avait plus personne à la tête du bateau. »

« Il y a eu un avant et un après la crise. Le personnel est aujourd’hui soumis à une pression régulatrice intense (avec des codes de conduite à respecter, des certifications à passer, des e-learning à suivre, etc.) On en demande énormément aux travailleurs. Et ils ont le sentiment que toutes ces mesures de bonnes pratiques ne sont au final que de la vitrine, que les vrais responsables de ce séisme, au fond, n’ont pas payé pour leurs fautes... Depuis 2008, le nombre d’agences ne cesse de diminuer et les services sont en réorganisations constantes. Deux types de travailleurs se côtoient : les nouveaux entrants post 2008 (avec un turn over important) et ceux qui étaient déjà là avant. L’absentéisme et le burn-out sont en augmentation. Les gens sont en perte de confiance parce qu’il y a eu la crise mais aussi parce que tout s’accélère ces derniers temps au sein de la banque : la digitalisation, la réorganisation, les changements de gouvernance, etc. Tout cela crée un climat d’insécurité professionnelle ! Les gens n’ont plus de perspectives. Le personnel est fatigué et les délégués le sont un peu aussi… »

 

Christophe Ruiz Garcia (Belfius)

« Peu avant la crise, nous avions déjà tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises au niveau syndical et demandé où en était la situation des liquidités au niveau de la banque. Avec les informations dont nous faisaient part certains collègues qui travaillaient en salle des marchés et en analyses de risques, nous sentions qu’il se passait quelque chose… La direction nous assurait que tout était sous contrôle et qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Quand la crise a éclaté, il était malheureusement trop tard. Le bilan 10 ans plus tard : 30% d’effectifs en moins. »

« D’un point de vue privé, de nombreux travailleurs ont très mal vécu le tourbillon dans lequel nous avons tous été emportés. Au-delà des licenciements et des diminutions drastiques des coûts, c’est aussi la fierté des travailleurs qui en a pris un coup. Certains n’osaient plus dire qu’ils travaillaient pour une banque ou chez Dexia. Cette étiquette sombre nous a suivi plusieurs années. Aujourd’hui, cela va nettement mieux. Belfius a su redresser la barre en termes d’image de marque, en prenant toute une série d’engagements sociétaux qui se concrétisent par des actions de solidarité ou dans le développement durable. La direction devenue hyper attentive à sa communication externe. »

 

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