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11/04/2017 16:28 Imprimer

Pas question de s’attaquer à l’ancienneté 
 

Ce gouvernement l’a prouvé à plusieurs reprises : il ne manque jamais une occasion de s’en prendre au pouvoir d’achat des travailleurs. Cette fois-ci, c’est leur rémunération qui semble visée, en particulier celle des travailleurs « âgés »(ou plus exactement les plus anciens). Le Ministre Peeters a en effet déclaré vouloir ouvrir la voie à un débat sur l’ancienneté et la rémunération de l’ancienneté jugée « coûteuse ». Concrètement, il souhaite mettre ce point à l’agenda des discussions sectorielles. Pour le SETCa, ces déclarations font craindre de nouvelles attaques à l’encontre des travailleurs et une nouvelle tentative d’immixtion du politique dans notre système de concertation sociale. 


Le barème détermine le salaire minimum à appliquer pour chaque travailleur. Il est le fruit d’accords conclus entre syndicats et employeurs sur le plan sectoriel et est déterminé sur base de l’expérience ou de l’ancienneté dans l’entreprise. En pratique, le salaire d’un travailleur évolue automatiquement avec ses années d’ancienneté ou d’expérience.

D’après le Ministre Peeters, ce système de rémunération barémique serait « trop coûteux » (entendez par là que les travailleurs âgés coûteraient trop cher). Il souhaite que ce point fasse l’objet de discussions au cours des négociations qui doivent se tenir dans les secteurs dans les prochaines semaines. Il dit vouloir analyser la tension salariale existant entre les travailleurs jeunes et les plus âgés, afin d’avoir une vue d’ensemble de la situation et de trouver des « solutions adaptées ».
Ces attaques ne sont pas un fait nouveau. Depuis des années, certains tentent de présenter nos barèmes comme quelque chose de « mauvais ». Les travailleurs âgés seraient trop payés et moins productifs. De son côté, l’Open Vld est revenue à charge la semaine dernière en commission de la chambre, rappelant que l’accord de gouvernement prévoit que notre système basé sur l’ancienneté évolue vers une plus grande prise en compte de la productivité.


Le SETCa tient à clarifier un certain nombre de points. Tout d’abord, les salaires des travailleurs âgés en Belgique ne sont pas exorbitants, même à la lumière d’une comparaison internationale. En Belgique (comme en France) le taux d’emploi des travailleurs âgés peu qualifiés est relativement moindre que dans les autres pays européens. La disparition de cette catégorie de travailleurs relativement moins payée du marché du travail tronque le « salaire moyen » d’un travailleur âgé vers le haut, ce qui explique pourquoi la Belgique et la France comptent des travailleurs âgés « en moyenne » mieux payés. Il faut également rappeler que les systèmes de rémunération en fonction de l’expérience existent dans tous les pays européens. Les augmentations barémiques jusqu’à 15 ou 20 ans sont très courantes, la Belgique n’est pas une exception. Qui plus est, les barèmes les plus longs chez nous vont jusque 20 ou 22 ans maximum. Cela signifie donc en pratique qu’un travailleur entré en service à 20 ans sera déjà bloqué dans sa progression salariale à 42 ans. Ce qui n’en fait pas un « vieux » improductif… juste quelqu’un d’expérimenté.


Par ailleurs, il n’est pas établi que la productivité individuelle diminue à partir d’un certain âge. Une telle thèse n’a jamais été démontrée dans la littérature scientifique. Nombre d’études tiennent trop peu compte des aptitudes relationnelles et de l’expérience spécifique à l’entreprise constituées par un travailleur.  Les travailleurs âgés connaissent souvent une entreprise par cœur tout en ayant constitué un vaste réseau. Souvent, ceci requiert simplement du temps.


Même si le Ministre Peeters a déclaré vouloir être prudent, le SETCa sera extrêmement vigilant quant à la suite des discussions dans ce dossier et défendra pleinement notre système barémique actuel. Qui plus est , l’accord interprofessionnel 2017-2018 conclu début d’année par les interlocuteurs sociaux fait explicitement référence aux barèmes et les garantit donc. Il est logique que la rémunération progresse avec l’expérience. La productivité étant une notion extrêmement difficile à mesurer (et pouvant donner lieu à des interprétations diverses et variées), l’ancienneté est utilisée depuis de nombreuses années à titre d’approximation. Notre rémunération à l’ancienneté est un système transparent, permettant de garantir une évolution salariale certaine et équilibrée pour tous les travailleurs d’un même secteur.

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