Notre pays est-il gouverné par Standard and Poor's?
Pas touche à notre index!
Nos voisins grecs et portugais ne connaissent que trop bien l’impact majeur que les agences de notation ont sur la façon dont un pays est géré ! La Belgique est apparemment elle aussi dans le collimateur de ces organismes d'ombre. Ce n'est pas comme ça que fonctionne une démocratie. Des réalisations essentielles, telles que notre indice, sont de ce fait sous pression. La FGTB lancera également une campagne pour soutenir notre indice. Initiative que le SETCa soutient pleinement.
Le 1er mai, de très nombreuses rues et communes se sont colorées d'un rouge réconfortant. Pour la FGTB, il s'agissait du moment idéal pour mettre notre index en exergue comme un acquis intangible. Cette revendication concerne des millions de travailleurs et d'allocataires sociaux. Ce sont ces personnes, les électeurs, qui ont droit, qui plus est, au respect dans notre démocratie (économique).
Nous nous demandons dès lors pourquoi une institution obscure comme “Standard and Poor’s” semble avoir parfois davantage droit à la parole et plus grave davantage d’écoute de notre gouvernement . Standard and Poor’s, c'est quoi, c'est qui? C'est une agence dite 'de notation' qui, avec ses confrères Moody’s et Fitch, détermine quelle est la valeur des produits financiers. Et l'un de ces produits est… la dette publique. En effet, un état doit régulièrement emprunter de l'argent. Et cela coûte, car il faut payer un intérêt sur le montant emprunté. La hauteur de ce taux d'intérêt dépend de la capacité de voir l'État rembourser l'argent (à temps). Et qui détermine cette probabilité? Précisément, les agences de notation. Plus elles estiment cette probabilité faible, plus l'état devra payer pour pouvoir emprunter de l'argent.
Le passé de ces agences de notation n'incite pourtant par à leur faire confiance. Ainsi, avant la crise financière, elles ne voyaient pas le moindre problème dans les crédits dits 'toxiques' qui circulaient dans notre économie. Lorsque la bombe a explosé, fin 2008, ces produits étaient à leurs yeux encore parfaitement fiables. Ces agences de notation ont failli non seulement en ne voyant pas arriver la crise, mais elles ont même renforcé la confiance dans ces produits financiers toxiques. Ce sont à présent les pouvoirs publics et les contribuables qui paient la note pour les dommages occasionnés.
Et pourtant… à peine trois ans plus tard, nous admettons qu'elles fixent les taux d'intérêt que les pays paient sur leur dette publique. UNI Finance, le syndicat international des services financiers dans lequel le SETCa joue un rôle important, plaide depuis longtemps déjà pour qu'on limite le pouvoir de ces entreprises privées et qu'on régule le mode de fonctionnement. À ce jour, ces tentatives ont avorté tellement des lobbies auprès des institutions européennes sont importants.
Des exemples extrêmes en sont le Portugal et la Grèce: leur notation ayant été dégradée au statut de junk (NDLR : pourri, de mauvaise qualité), ces pays paient des intérêts faramineux sur leurs emprunts. Qu'ils fassent des économies ou pas, le fossé devient de plus en plus profond. Et ce qu'il fallait prévoir arriva: les dépenses, les salaires et les pensions ont été réduits de manière si forte que l'économie est elle aussi paralysée. Dans les faits, les populations y sont condamnées à une forme d'esclavage de la dette. Pire encore le Japon, déjà touché par les tremblements de terre, tsunami et catastrophe nucléaire voit aussi sa destinée suspendue au jugement des agences de notation.
Ce qui est surtout déshonorant dans cette situation, c'est qu'aucune légitimation démocratique n'y est associée. Les institutions et personnes qui exercent le pouvoir réel dans notre économie globale ne doivent jamais se justifier. Ni pendant les élections, ni dans la presse. Certains leaders d'opinion, actuellement surtout des économistes, semblent trouver ce déficit démocratique normal. Ainsi, nous avons lu récemment dans une revue de qualité qu'il faut rompre l'entêtement de la gauche grecque et que l'élite politique doit prendre les choses en main. Oui, dans ce cas, inutile d'évoquer une justification démocratique envers vos citoyens. En Grèce, ils sont habitués à un tel régime.
Mais en Belgique aussi, le SETCa constate que ces mêmes agences fantomatiques ont apparemment une influence directe sur les politiques de ce pays. Plus encore que les partis politiques, les organisations de travailleurs et de la société civile, qui ont bien une réelle légitimité démocratique dans notre société, elles parviennent à orienter notre gestion quotidienne. Une page A4 et demi, écrite, quelque part dans un autre pays, suffit apparemment à remettre en question des acquis essentiels de notre État providence, parmi lesquels l'index. Des entreprises non-démocratiques, capitalistes, spéculatrices, déterminent ainsi notre avenir. Notre État providence risque d'être démantelé en silence, devant nos propres yeux. Et nos politiques ainsi que certains médias suivent cette logique. Le SETCa tient à son rôle de contre-pouvoir: nous n'allons pas rester les bras croisés.