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SETCa > News > Interview Jean-Michel Cappoen: La crise dans les médias ? Aussi un effet d’aubaine !

27/01/2009 13:57 Imprimer

« La crise dans les médias ? Aussi un effet d’aubaine ! »


Jean-Michel Cappoen
Jean-Michel Cappoen est le secrétaire général du SETCa, en charge du secteur des médias. Il s’occupe également du secteur finances, en plein crise. C’est donc en connaissance de cause qu’il pose un regard dubitatif sur les difficultés que traversent les journaux, magazines, télévisions, radios, sites internet etc.


Comment expliquer cette crise ? La baisse des recettes publicitaires ?


Ca fait 20 ans que les patrons des médias sortent le même argument. Parfois, c’est vrai. Mais souvent, ce refrain de la diminution des rentrées pub n’est qu’un prétexte.


Comment cela ?


La plupart des plans de restructuration dans les médias trottaient dans les têtes des patrons de médias. Certains  attendaient cependant le bon moment pour les sortir. L’effet d’aubaine joue plein-pot. Il faut bien constater que l’an dernier encore, beaucoup d’entreprises de médias accumulaient des millions d’euros de bénéfices. La plupart, même maintenant et hors plan de restructuration, restent bénéficiaires… . La diversification fonctionnait : la faiblesse d’une branche de la société était naturellement compensée par la bonne santé des autres branches. Au fil du temps, cela tournait correctement. Aujourd’hui, soudainement, cela semble terminé.


Quelles seront les conséquences de ces licenciements ?


La polyvalence du personnel explose ! Prenons les journalistes. Ils sont de moins en moins spécialisés. Ils touchent à tous les sujets mais ne peuvent plus les maîtriser correctement. En véritables hommes-orchestres, ils doivent chercher les photos et placer le tout sur le site internet. Autre exemple : dans les radios, de plus en plus de présentateurs doivent maintenant aussi manier la console de mixage et décrocher le téléphone pour les concours…


Vous êtes inquiet ?


Très ! Pour l’emploi, en nombre et en qualité, certainement. Mais on ne parle pas ici de vente de fricadelles... Il s’agit des médias, un secteur hyper-sensible pour la démocratie ! J’ai donc peur pour la qualité de l’information et pour le pluralisme des médias. Un même article sera de plus en plus souvent publié tel quel dans deux journaux de visions pourtant réputées différentes.

Une même société de production réalise souvent avec le même regard des émissions pour plusieurs chaînes. Et ne parlons même plus de presse d’opinion. Aujourd’hui, la liberté des journalistes se réduit : leurs chefs leur dictent à l’avance ce qu’ils doivent dire, écrire ou filmer. Leur marge de manœuvre éditoriale se réduit comme peau de chagrin. On risque une uniformisation, une perte d’identité.


Il existe de nombreuses associations de journalistes, de réalisateurs… Quelle place pour le SETCa dans ces restructurations ?


Mais ce n’est pas incompatible ! On peut tout à fait être à la fois membre d’une association et du syndicat. Chacun son rôle. Les associations se battent pour la déontologie, l’éthique… En pleine crise, on a aussi besoin de solidarité avec les autres secteurs. La concertation sociale, c’est la spécialité du SETCa. Les conventions collectives de travail doivent être signées par les syndicats. Sans cela, celles-ci n’ont pas de valeur juridique.