SETCa > News > "Ma carrière dans l’aviation ? pas à n’importe quel prix"

26/03/2018 18:51 Imprimer

« Je veux poursuivre ma carrière dans l’aviation, mais pas à n’importe quel prix ! »

 

Durant 5 mois, Lydia (N.D.L.R. prénom d’emprunt) a travaillé au sein de la compagnie low cost CityJet, qui assure des vols au départ de Bruxelles. L’entreprise lui a imposé un contrat avec des conditions irlandaises : un salaire moindre (situé en dessous des minimums barémiques en vigueur dans le secteur en Belgique), des primes de nuits elles aussi inférieures aux règles habituelles, un suivi administratif et de gestion des salaires catastrophiques.

 

Lydia a interpellé son employeur à plusieurs reprises à ce sujet. Elle s’est fait le porte-parole de ses collègues : tous déploraient la situation mais peu d’entre eux osaient parler. Elle en a payé le prix fort et a été licenciée du jour au lendemain sans ménagement. Elle se dit passionnée par le métier d’hôtesse de l’air et veut poursuivre dans cette voie mais elle garde un souvenir amer de cette expérience dans le monde de l’aviation low cost.

Lydia: « J’ai commencé ma carrière dans l’aviation auprès d’une grosse compagnie aérienne. Après avoir renouvelé 3 CDD successifs d’un an, je n’ai pas décroché de CDI. C’est ainsi que je me suis retrouvée sans emploi et à la recherche d’un nouveau défi. Un jour, je suis tombée sur une annonce concernant un recrutement pour CityJet par Nobox, une agence de recrutement et de gestion des ressources humaines spécifiquement active dans le secteur de l’aviation et basée (tout comme CityJet) en Irlande. J’ai postulé et j’ai été sélectionnée. Nous étions plusieurs nouveaux engagés, CityJet venant tout juste de s’implanter à l’aéroport de Zaventem. Nous avons tout d’abord suivi une période de formation. Ensuite, CityJet nous a expliqué que les contrats et les aspects administratifs et RH seraient gérés pour eux par Nobox. »

« Lorsque j’ai su qu’il s’agissait d’une compagnie irlandaise qui travaillait avec une agence de recrutement elle aussi irlandaise, j’étais un peu sceptique. Ils nous avaient assurés que les contrats seraient des contrats belges, avec des conditions de travail et de salaire correspondant à ce qui est d’application dans le secteur en Belgique. J’avais raison de me méfier… »

Quel type de contrat vous ont-ils proposé ?

L.: « Après ma période de formation, lorsque j’ai commencé à voler, les formalités administratives n’étaient pas réglées et je n’avais toujours rien signé. J’ai donc commencé à envoyer des e-mails aux personnes de contact qui nous avaient été référencées chez CityJet et Nobox. Il a fallu près d’un mois pour que je reçoive mon contrat. Lorsque j’ai eu le document entre les mains, j’ai directement été interpellée : ce qui était indiqué ne ressemblait pas aux contrats que j’avais déjà pu voir précédemment. De nombreux points ne correspondaient pas à ce qui avait été annoncé ou n’étaient pas clairs. Le salaire, par exemple, n’était pas repris dans le contrat en tant que tel mais sur une annexe à part sur laquelle ne figurait même pas mon nom et il s’agissait d’un montant annuel (comme c’est le cas en Irlande ou en Angleterre). »

On peut imaginer que vous avez très vite déchanté…

L.: « C’est certain ! A tous les niveaux, les conditions proposées étaient des conditions au rabais, des conditions « à l’irlandaise ». Le salaire était inférieur aux barèmes belges dans le secteur. Le tarif prévu par Nobox pour les primes en cas de nuit à l’étranger s’élevait à 28€. A titre d’exemple, auprès d’autres compagnies aériennes cela varie entre 80 et 85€ par nuit. CityJet elle-même verse 60€ par nuit à son propre personnel (occupé sous contrat CityJet)… On nous avait annoncé que nous ne ferions que 5 ou 6 nuits par mois et dans la pratique, nous étions partis au minimum 4 à 5 fois par semaine. Entre ce qu’on avait bien voulu nous dire et la réalité, rien ne correspondait... »

Vous étiez la seule dans cette situation ?

L.: « Bien sûr que non mais c’est moi qui ait pris les choses en main pour tenter d’entamer un dialogue avec la direction et obtenir des éclaircissements. Bon nombre de mes collègues venaient d’autres pays comme le Portugal, l’Italie, la Grèce, etc. et n’étaient pas précisément au courant des règles en matière de législation belge. Certains étaient de tous jeunes travailleurs qui n’avaient encore jamais eu affaire à un contrat de travail. Ils étaient donc un peu perdus par rapport à tout cela. D’autres avaient, quant à eux, déjà travaillé pour d’autres compagnies irlandaises et étaient donc habitués à ce genre de pratiques. De mon côté, je sentais que quelque chose ne tournait pas rond. J’ai demandé de l’aide à mon syndicat. »

Les compagnies irlandaises ont la réputation de mépriser le dialogue social…

L.: « C’est le cas ! Un jour, après plusieurs interpellations de ma part et celle de mon secrétaire permanent, la représentante RH de Nobox a enfin accepté d’organiser une rencontre avec les travailleurs. L’entreprise n’ayant pas de bureau ici en Belgique, ils ont fait le déplacement depuis l’Irlande. Ils ont catégoriquement refusé de parler aux représentants syndicaux et se sont montrés très hostiles à leur égard. Le fait d’être représenté syndicalement ne fait pas partie de leur mentalité. Pour éviter que le situation ne s’envenime, les représentants syndicaux ont quitté la réunion. De mon côté, j’ai pris la parole. En mon nom tout d’abord mais aussi pour tous mes collègues. Je ne demandais pas la lune : simplement que le salaire minimum belge soit appliqué, que la législation en vigueur en Belgique soit respectée et que les choses soient faites dans les règles de l’art. A titre d’exemple, au début, sur ma fiche de paie, ma commission paritaire n’apparaissait même pas, mes coordonnées n’étaient pas correctes, des déclarations Dimona avaient été omises. Rien n’était juste. Tout était brouillon. »

L’histoire s’est assez mal terminée pour vous.

L.: «A un moment donné, ils m’ont convoqué en urgence. C’était mon jour de repos, j’avais d’autres obligations de prévues et j’ai demandé s’il était possible de reporter le rendez-vous à un autre moment. Ils ont refusé et m’ont envoyé un e-mail avec une lettre de licenciement. J’ai demandé des explications sur le motif de mon licenciement. Je n’en ai reçu aucune, ni de Nobox ni de CityJet. Je sais que d’autres travailleurs en France et en Hollande ont dénoncé les pratiques de CityJet et ont vécu des histoires similaires à la mienne. Ma force est que j’avais déjà une expérience dans le secteur. C’est cela qui m’a ouvert les yeux sur le fait qu’ils jouent avec les conditions de travail ici en Belgique. L’aviation reste ma passion. Je veux poursuivre ma carrière en tant qu’hôtesse mais pas dans le low cost, dont les pratiques m’ont écœurées… »

 

Pour aller plus loin

 

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