Erwin De Deyn: Jusqu’au début des années 90, le secteur était relativement petit et homogène. Mais en reprenant toute une série d'autres pans d’activités connexes (transport, entreposage, pesage, emballage, envoi, gestion de stocks etc.) et en les articulant dans un ensemble cohérent, conformément à l'intérêt économique du secteur, on peut dire que la logistique constitue maintenant une artère essentielle de notre économie. Pour les seuls employés du secteur (réunis depuis 1998 dans la CP 226), s’activent déjà aujourd’hui près de 40.000 personnes. Et ce nombre grandit encore chaque année (hausse de 14% pour la période 2003-2007).
Jean-Pierre Boninsegna: Autrefois, le secteur était organisé autour des ports. Avec l'interaction qui s’est développée avec d'autres types de transports et l'insertion des activités logistiques externalisées par d’autres secteurs via outsourcing, on voit maintenant à différents endroits du pays l’émergence d’énormes plates-formes « multimodales ». Des centres d’entreposage, de transbordement et de distribution ont été aménagés aux alentours des grandes villes comme points d'intersection entre le transport de marchandise par route, par voie ferrée et par avion. La navigation intérieure a également été intégrée, mais elle ne relève pas encore de la définition actuelle du secteur logistique.
De par sa situation géographique, la Belgique est-elle naturellement prédisposée à accueillir ce type d'activités ?
EDD: C'est effectivement la force de notre pays dans cette économie de mise en réseau. La Belgique se trouve au cœur logistique de l'Europe. Parmi les plus importants ports d'Europe occidentale, la plupart se trouvent dans notre petit pays ou à proximité immédiate. On peut également s’appuyer sur les axes de circulation principaux qui sillonnent notre territoire. Voilà qui incite les entreprises internationales à établir leurs centres de distribution européens en Belgique. De plus en plus, ces sociétés se spécialisent aussi dans la prestation de services très spécifiques pour acheminer le produit et le plus correctement et efficacement possible chez le bon client.
Quels sont les conditions obtenues pour les travailleurs du secteur ?
JPB: Les avantages obtenus par le SETCa sont nombreux. La durée de travail est de 37 heures/semaine. Les barèmes sont liés à l’ancienneté suivant une classification analytique. Tout le monde a droit une pension complémentaire (qu’elle soit sectorielle ou propre à l’entreprise), à une indemnisation des frais de déplacement dès le 1er kilomètre, à un congé d’ancienneté (3 jours par an pour 15 ans d’ancienneté, par exemple), à une prime de fin d’année etc. etc. Il y a aussi un crédit-temps qui permet aux travailleurs de 50 ans et plus d’alléger leur temps de travail d’1/5. A partir de 55 ans, la réduction de travail peut même atteindre ½ temps, avec des compléments payés par le fonds social. Lors de la signature des conventions collectives de travail, on parvient chaque fois à décrocher d’importantes augmentations, qui s’ajoutent à l’index.
Exceptionnel, non ?
EDD: On peut dire que le dialogue social se déroule bien. Les employeurs eux-mêmes souhaitent régler les problèmes au niveau du secteur tout entier. De cette manière, ils ne doivent pas négocier dans chacune des entreprises séparément. Les patrons étant demandeurs, on peut conquérir de meilleures conditions pour tous. Une autre particularité du secteur est le seuil pour avoir une délégation syndicale. Dès 10 travailleurs syndiqués seulement, avoir un délégué syndical est un droit. Un des seuils les plus bas pour les employés, qui ne se retrouvent donc que rarement seuls pour négocier !
JPB: La Belgique n’est pas une île. La concurrence est là. Pour la logistique, le Nord de la France, l’Ouest de l’Allemagne et le Sud des Pays-Bas sont les concurrents de notre pays. C’est également le cas pour la main-d’œuvre, qui peut franchir les frontières pour travailler avec des conditions plus intéressantes. Proposer des emplois de qualité constitue donc une chance de garder les travailleurs de la logistique en Belgique.
A propos de frontières, les entreprises de logistique n’en connaissent pas. Elles disposent la plupart du temps de plateformes dans plusieurs pays…
EDD: C’est vrai. Les représentants du SETCa s’activent donc aussi dans les Conseils d’entreprises européens, une instance d'information et de consultation pour développer le dialogue social. On évite ainsi que les travailleurs d’un pays jouent contre ceux d’un autre. De cette manière, on peut avoir une vue globale et lutter contre le dumping social.
Dans un secteur en pleine évolution, la formation s’avère indispensable. Que propose-t-on aux employés ?
JPB: Là-aussi, il s’agit d’un point fort. Depuis 1999, il existe un fonds de formation spécifique à la logistique : LOGOS (www.logosinform.be). Syndicats et organisations patronales le gèrent paritairement. Les formations gratuites pour les travailleurs et demandeurs d’emploi sont très ciblées dans chacun des sous-secteurs, des bureaux maritimes au transport routier en passant par l’entreposage. Des cours de langue et des cours techniques très pratiques sont disponibles et constituent un panel très large. Ils permettent de passer directement de la formation à l’emploi, tellement ils sont adaptés. Grâce à l’action du SETCa, chaque employé a droit à 5 journées de formation gratuite, réparties sur 2 ans (moyenne par entreprise).
Quelles perspectives d'avenir pouvez-vous entrevoir pour les employés dans ce secteur ?
JPB: Des différentes activités de stockage et de transport à présent sous la dénomination commune de « logistique » dans un même secteur est né un défi intéressant : créer de la cohérence et de la solidarité entre les travailleurs, les employés et les cadres, créer un esprit commun. Cela a d'ailleurs déjà conduit à une harmonisation des conditions de travail à un niveau raisonnable. Dans cette même idée, des progrès restent bien entendu encore possibles.
EDD: Je constate que par l’élargissement du champ de la commission et par le développement rapide qu’a connu le secteur, une plus value a été ajoutée à l'activité logistique en Belgique. Le potentiel de croissance de ce système de distribution polyvalent, se trouve non seulement sur le plan économique - ce qui est bien entendu aussi favorable à l'emploi - mais aussi sur le plan social et syndical. Il y a donc encore beaucoup de chances à saisir. Ainsi et pour ne prendre qu’un seul exemple, lors des négociations sectorielles de l’an prochain, nous voulons défendre le renforcement du deuxième pilier de pension du secteur.
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