SETCa > News > Lettre ouverte des travailleurs de l’agence flamande pour l’intégration (Agentschap Integratie en Inburgering) à la ministre Homans

31/01/2018 13:21 Imprimer

Lettre ouverte des travailleurs de l’agence flamande pour l’intégration (Agentschap Integratie en Inburgering) à la ministre Homans

Madame la ministre,

Il est positif pour tout le monde que les personnes issues de l’immigration apprennent à connaître notre langue et nos habitudes le plus vite possible et trouvent rapidement dans notre société une place où reconstruire leur vie, avec leurs voisins. Soutenir toutes les parties prenantes, voilà la mission de l’agence flamande pour l’intégration. C’est ce que nous faisons. C’est notre job.

Voici notre cri d’alarme.

Trois ans après sa création, l’agence flamande pour l’intégration licencie aujourd’hui 170 collaborateurs sur les 783, soit 1 sur 4.

Cette réduction de l’effectif en personnel aura inévitablement un impact important à court terme sur les possibilités d’intégration des personnes d’origine étrangère, ainsi qu’à long terme, sur la cohésion sociale dans la société flamande. Et, cela va de soi, sur les 170 experts interculturels plurilingues chevronnés qui perdent leur emploi à cause de votre changement de politique.

Cette décision signifie que nous choisissons, en tant que société flamande, de nous impliquer moins dans l’intégration des personnes issues de l’immigration. Que nous négligeons d’accueillir chaleureusement un groupe de nouveaux citoyens fragiles à un moment crucial de leur vie et de travailler avec eux à leur autonomisation, afin que leurs talents apportent une contribution positive à notre société. Dans le meilleur des cas, nous les inscrivons sur des listes d’attentes interminables.

Que représenteront ces coupes sombres pour la cohésion sociale en Flandre ?  Cette décision fera-t-elle augmenter les chiffres de la participation des personnes issues de l’immigration au marché du travail ? Le nombre de jeunes d’origine étrangère effectuant avec succès un parcours scolaire augmentera-t-il ? Quitterons-nous notre classement en bas de l’échelle européenne en matière de diversité dans les clubs de sport ?

N'est-il pas plus probable que nous constations dans quelques années que l’intégration des nouveaux arrivants et de leurs enfants ne se passe pas si bien, parce que nous avons négligé de les accueillir comme il se doit dans une société qui éprouve toujours plus de difficultés face à la réalité de la diversité ?

Cette décision signifie également que nous ne pourrons désormais plus offrir que le minimum à de bonnes collaborations ou que nous devrons y mettre un terme. Nous serons contraints, dans une grande mesure, d’abandonner à leur sort nos partenaires d’enseignement, le VDAB, les CPAS, les administrations communales… en matière d’intégration civique, d’orientation vers des cours et de possibilités d’exercer le néerlandais, d’aide d’interprètes, d’avis professionnel en matière de droit des étrangers et de soutien dans les questions sur la diversité. Avec un quart des collaborateurs en moins, nous ne pourrons plus respecter nos obligations décrétales.

Prendre cette décision sans audit externe indépendant de l’agence prouve également que la bonne gestion ou non de l’argent public n’importe visiblement pas. Les nombreux – et coûteux – membres de la direction responsables du fait que cette agence publique n’a jamais pu jouer le rôle de centre d’expertise qui était avancé – et grâce aux décisions desquels la situation financière est devenue difficile –  gardent leur place dans le plan de restructuration. Seuls les experts de terrain talentueux – qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour faire ce pour quoi l’agence a été créée, soit dit en passant – doivent partir.

Vous déclarez de concert avec la direction de l’agence que la suppression de ces emplois est la conséquence d’un moindre afflux de demandeurs d’asile dans notre pays. Permettez-nous de vous signaler que cette affirmation va à l’encontre de la vérité. Certaines personnes ayant entamé un parcours durant la période d’afflux plus important sont actuellement encore accompagnées, d’autres n’ont pu commencer que récemment et d’autres encore sont toujours sur liste d’attente. Ensuite, il restera, après les licenciements, moins de gens dans de nombreuses fonctions cruciales qu’à la création de l’agence pour l’intégration en 2015. Enfin, nous soutenons non seulement des réfugiés et des demandeurs d’asile, mais aussi d’autres primo-arrivants comme des citoyens européens et des gens qui viennent ici dans le cadre du regroupement familial. Pour eux aussi, le service proposé est mis en danger.

À la fin du 20e siècle, nous avons constaté que l’intégration des migrants du travail arrivés dans les années 60 ne s’était pas si bien passée. Nous avions omis à l’époque de les accueillir et de les orienter de façon adéquate dans notre société. Nous n’allions plus refaire cette erreur. Des expériences en matière d’accueil dans le secteur de l’intégration ont bénéficié du soutien des autorités flamandes, et la politique d’intégration (civique) a été fixée dans des décrets en cours de route. En 2015, toutes ces initiatives ont été rassemblées dans l’agence « Agentschap voor Integratie en Inburgering ». Nous avons sacrifié notre accessibilité et la possibilité de répondre de manière flexible aux besoins locaux et devions bénéficier en échange d’un gain d’efficacité et d’une professionnalisation.

Ce que nous recevons toutefois, c’est un détricotage. Cette décision renvoie la politique d’intégration (civique) à la case départ. Nous vous demandons, madame la ministre Homans, encore une carte Chance. Nous sommes fiers de ce que nous faisons pour notre société et nous voulons continuer de le faire.

Share/Bookmark