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06/07/2011 13:57 Imprimer

Les travailleurs du commerce : soldés toute l’année!

 

En cette période de soldes, des milliers de consommateurs se dirigent vers les nombreux magasins que compte notre pays, à la recherche de bonnes affaires. Pour les 200.000 employés du commerce, c’est une période de grande pression et beaucoup d’entre eux sont également au travail le dimanche. Ils n’ont pas toujours en retour un bon salaire et des conditions de travail avantageuses.  

 

Bien contraire, si cela dépendait des organisations d’employeurs, seule la flexibilité augmenterait. C’est ce qu’il ressort de leur attitude de refus durant les négociations sectorielles (qui sont d’ailleurs bloquées) à rectifier certaines injustices. A ce niveau, ils sont fortement aidés par la tendance de dérégulation belge et Européenne qui règne actuellement. Les organisations syndicales demandent aux clients de réfléchir un moment aux droits de ces employés qui sont à la caisse face à eux. 

Comme dans les autres secteurs, les négociations sectorielles ont débuté pour le personnel du commerce. Comme ailleurs certes, mais avec un cahier de revendication différent et dans un secteur où la concurrence se situe essentiellement au niveau national. Un cahier de revendication particulier car  il existe en Belgique 5 différents ensembles de conditions de travail pour les employés du secteur du commerce, qu’on appelle «commissions paritaires». Cette situation est injuste car elle crée automatiquement une ‘pression à la baisse’ sur les conditions de travail des employés, pour tendre vers le niveau de la ‘pire’ commission paritaire. Il y a deux ans, suite au conflit Carrefour Blauwe Toren, on a d’ailleurs vu à quoi cela pouvait mener.  Nous voulons une harmonisation des conditions de travail, à métier identique : salaire et conditions de travail identiques… Une caissière = une caissière, qu’importe le magasin où elle travaille.
Pour les travailleurs, les enjeux dépassent largement le cadre de la négociation sectorielle. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter le pouvoir d’achat mais de stopper une dérégulation de plus en plus grande et dont les acteurs sont forts diversifiés.

Depuis des années, les employeurs multiplient les efforts pour déréguler les conditions de travail dans le secteur. Et tous les moyens sont bons: constructions juridiques pour détourner le champ de compétence des commissions paritaires, transfert d’enseignes,  restructuration d’ampleur et menace de quitter le pays pour certaines enseignes, multiplication du travail du dimanche, lobbying auprès de parlementaires (belges ou européens). Pendant ce temps-là, les travailleurs subissent des conditions de travail à la limite du supportable (3 heures de prestations par jour, des temps partiels qui sont plutôt la règle que l’exception, des travailleurs qui doivent multiplier les petits contrats ne sont pas rares, le travail généralisé le samedi et le dimanche, une flexibilité  exacerbée avec des heures de travail et d’ouverture qui s’élargissent de plus en plus. Et cela pour un salaire dérisoire. Les employés du commerce sont parmi les plus mal lotis, avec une rémunération à peine plus élevée que les grands derniers : les travailleurs de l’Horeca.

Les réponses politiques belges et européennes : dérégulation maximale, c’est la crise !

les politiques tendent  véritablement  la main aux patrons pour accroître de plus en plus la flexibilité dans le secteur.  Les dernières mesures  mises sur table par le parlement belge parlent d’elles-mêmes : la législation en matière de  travail étudiant ou de travail le dimanche (en particulier en ce qui concerne les centres touristiques) est de plus en plus large. Une proposition de loi, récemment déposée à la chambre et soutenue par le s.pa., le VLD, la NV-a et le CD&V, s’attaque maintenant aux dérogations autorisées en matière de jours de fermeture et d’heures d’ouverture. En pratique, on parle donc d’élargir  les possibilités de travailler 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 et ce, sans qu’aucune des organisations syndicales, les représentants par excellence des travailleurs du commerce, n’ait été consultée, même via le Conseil national du travail. Il s’agit pourtant là d’un sujet sensible qui touche directement les travailleurs et qui a un impact déterminant sur leur rythme de vie.

L’Europe, de son côté,  sous prétexte  d’une meilleure stabilité du pays,   joue également le jeu des employeurs en prônant une dérégulation maximale.  Dans les recommandations de l‘Europe à la Belgique le 07/06 dernier, le discours est paniquant, comme si le secteur du commerce de détail était soumis à une concurrence internationale, comme s’il était proche du chaos… Et que son salut dépendait de l’anéantissement des limitations en matière d’heures d’ouverture. Ainsi, l’Europe prône la mise en place de « mesures pour  renforcer la concurrence dans le secteur de la vente au détail en réduisant les barrières à l’entrée et en allégeant les restrictions d’exploitation » (entendez : les heures d’ouverture).

Une situation confortable pour les employeurs, champions de la mauvaise volonté

Il y a 2 ans, suite  au conflit Carrefour Blauwe Toren (pour rappel Carrefour voulait ouvrir un hypermarché, via une filiale à 100% Carrefour, avec les conditions salariales de  « l’épicier du coin »et sans aucune représentation syndicale) , l’accord sectoriel avait prévu la mise en place d’un groupe de travail, sous l’égide de la ministre Milquet. Groupe de travail  qui devait discuter de la simplification  du champ de compétences des 5 commissions paritaires du commerce de détail. Donc aboutir à une harmonisation des conditions de travail de manière à éviter les constructions juridiques « à la Blauwe Toren ». Ce groupe de travail s’est réuni de manière chaotique et ceci est dû à la réticence manifeste des Fédérations d’employeurs Coméos, UNIZO et UCM. L’administration  publique de l’emploi est restée extrêmement passive dans ce débat. Toutes les excuses étaient bonnes pour éviter d’avancer dans ce débat et le repousser aux prochaines négociations sectorielles: la crise (pas pour tous, quand on voit les chiffres annoncés dans la presse ces dernières semaines au niveau du retail), l’Europe, les besoins des consommateurs, la concurrence internationale, la vente en ligne, la franchise, etc.

Deux années ont passé et l’heure des négociations sectorielles a sonné et pourtant : pas d’avancées concrètes en matière d’harmonisation des conditions de travail. Face au  scandale le plus criant, c’est-à-dire le fait que certains travailleurs n’ont pas de sursalaires pour les heures prestées au - delà de 18 heures, la fédération des employeurs a mis  sur table une proposition d’augmentation du pouvoir d’achat via du net (augmentation des chèques repas). Face à la demande des travailleurs d’être rémunérés correctement en fonction de leurs horaires « atypiques », le patronat brandit une carotte alimentaire….  Nous nous battons pour des salaires bruts décents dans un secteur qui ne connait que peu la crise.  La seule pression que le secteur commerce connait  c’est le secteur lui-même qui l’organise : une guerre de prix constants des enseignes présentes sur le territoire belge, une concurrence toujours plus grande entre la franchise et les magasins intégrés alors que pour la majeure partie de la franchise, ce sont le mêmes groupes qui  tirent les ficelles. Il n’y a pas de hasard, sans sombrer dans la parano, les travailleurs du commerce de détail sont les otages d’un capitalisme débridé. Toujours plus pour les enseignes, toujours moins pour les travailleurs….

Les travailleurs du commerce ne peuvent pas rester des travailleurs au rabais. Ils méritent un juste retour des choses et sont en droit d’attendre que leurs salaires et conditions de travail soient ajustés au même niveau que ce que prévoit la meilleure règlementation dans le secteur. En cette période d’achats,  nous voulons encore une fois insister sur le fait que le personnel ne peut pas continuer à être du personnel au rabais.