SETCa > News > « L’essentiel : revenir à chaque fois à l’écoute du terrain » | L'interview de Christian Masai (-2)

18/04/2018 15:08 Imprimer

Christian Masai | l'interview (-2)

« L’essentiel : revenir à chaque fois à l’écoute du terrain »

 

Vous avez aussi vécu plusieurs grandes fusions sur le plan régional…

C.M. : «  A l’époque, les économies d’échelles étaient déjà dans les programmes politiques. J’ai accompagné toutes les fusions qui ont vu disparaitre les petites entités hospitalières dans le Hainaut occidental (la maternité de Beloeil, les cliniques de Leuze, Lessines et Péruwelz) pour former des entités hospitalières chaque fois plus grandes (RHMS, IMC, Dorcas, etc.) que l’on connait aujourd’hui sous les noms d’EPICURA et de CHWAPI. Je suis assez fier que ces fusions aient pu se faire sans pertes d’emplois et dans le respect mutuel. Cela a été possible car à l’époque, nous avions face à nous de véritables interlocuteurs... »


Ce n’est plus le cas aujourd’hui ?

C.M. : « Parallèlement au phénomène de la commercialisation dans le Non Marchand (et particulièrement dans le secteur des soins de santé et des maisons de repos), le profil des employeurs a changé de manière radicale. Cela rend le dialogue social de plus en plus difficile… Hier, on se trouvait face à des représentants de Fédérations patronales ou des acteurs qui avaient le pouvoir de décision ou d’influence sur le secteur. Aujourd’hui, on doit négocier avec des représentants RH ou des juristes, qui n’ont pas l’autorité ni le pouvoir nécessaire… J’ai parfois l’impression qu’on tente d’enfermer la concertation dans un carcan purement légal, où on se borne à relire les points et les virgules d’articles de loi pour vérifier si on est dans le bon. Or on ne fait pas de la concertation sociale pour ‘dire le droit’ mais pour améliorer les conditions sociales. Le droit social découle des combats et des avancées sociales qui en résultent et non l’inverse.  »


Comme son nom l’indique, la commercialisation vise à faire du commerce et donc du business. Cela éloigne-t-il plus encore les patrons des préoccupations des travailleurs et des bénéficiaires ?

C.M. : « Evidemment. Entre le regard de celui qui est là pour faire du business et la perception des travailleurs sur ses difficultés au travail et les conditions proposées aux malades et aux bénéficiaires, il y a un gouffre... Ce que les dirigeants mettent dans les dividendes, ils ne le mettent pas dans une amélioration des conditions de travail ou de la qualité des services offerts aux personnes. Au-delà des grands groupes commerciaux (comme ORPEA et SLG pour les maisons de repos), la logique économique déteint aussi sur certains employeurs du secteur Non Marchand associatif. Si la gestion implique une préoccupation économique, celle-ci ne peut pas s’affirmer au détriment de l’objet social et de la raison d’être du secteur Non Marchand associatif. dans lequel on est inscrit. La commercialisation grandissante impacte  la concertation sociale, tant avec les entreprises commerciales qu’avec le secteur associatif  mais aussi avec l’autorité politique. »


Justement, est-ce que le contexte politique complique les choses ?

C.M. : « Il ne les facilite certainement pas. Tout au long de ma carrière, j’ai été confronté à des mesures d’économies et de restrictions, ce qui pèse lourdement lorsqu’on veut progresser sur le plan social. La 6ème réforme de l’état provoque également de sérieux dégâts. L’éclatement du secteur des maisons de repos du fédéral vers les entités fédérées en est un exemple flagrant. Cela va très rapidement construire des schémas de fonctionnement à plusieurs vitesses, qui vont être différents entre la Communauté germanophone, la Région wallonne, la Région de Bruxelles ou encore la Région flamande... Ce sera le cas sur les conditions sociales qui seront proposées aux travailleurs mais aussi sur les conditions d’accueil et d’hébergement des personnes âgées. Ce lien entre l’intérêt du bénéficiaire et du travailleur est indissociable. Quand on est en retrait sur l’un, on est en général en retrait sur l’autre. »

   
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