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29/11/2017 09:11 Imprimer

« La solidarité, n’est pas quelque chose d’inné : cela se construit »

 

36 : c’est le nombre d’années durant lesquelles Christian Roland a travaillé au SETCa. D’abord au niveau de la régionale de Mons-Borinage et puis plus tard, au SETCa Fédéral. Durant toute sa carrière, il a porté haut les couleurs de notre organisation syndicale et a gravi un à un les échelons, jusqu’à occuper le poste de président durant 14 années. 2006 : c’est l’année où il a pris sa prépension. Nous sommes allés à sa rencontre et nous sommes revenus avec lui sur les moments forts de sa vie en tant que syndicaliste. Mémoires d’un militant, paroles d’un ancien président…


Comment êtes-vous entré dans le monde syndical ?


Christian Roland : « Après mes études en sciences sociales à l’université de Liège, j’ai posé ma candidature pour un poste à pourvoir dans le service de droit social de la régionale FGTB de Mons. Je n’ai pas été retenu pour celui-ci mais on m’a proposé de m’engager pour assurer l’accueil et la défense des affiliés de la régionale SETCa de Mons. J’ai accepté et je n’ai plus jamais quitté le syndicat… Au fur et à mesure du temps, ma fonction et mes responsabilités ont évolué. J’ai commencé par m’occuper des dossiers d’affiliés qui nécessitaient une défense devant les cours et tribunaux du travail. Je les traitais de A à Z : de la préparation jusqu’à la plaidoirie. Je me suis progressivement occupé des dossiers d’entreprise, notamment à l’occasion des élections sociales. Je rencontrais et réunissais les affiliés et les délégués d’entreprise. En 1977, je suis devenu Secrétaire Régional et je me suis alors principalement consacré à l’organisation, l’animation et le développement de la section. En 1989, j’ai intégré le secrétariat Fédéral du SETCa et je suis devenu Vice-Président. J’avais en charge le secteur du commerce. En 1992, je suis devenu Président et ce, jusqu’en 2006. »


Durant toutes ces années, vous avez connu plusieurs restructurations et conflits sociaux importants. Quels ont été les plus marquants ? 


C.R. : « Je suis originaire du Centre et j’ai vécu à Mons, deux régions qui ont connu à un moment donné les plus hauts taux de chômage de Belgique. Elles ont - entre autres - été victimes du repositionnement du capitalisme belge qui s’est désengagé de l’industrie pour se repositionner dans le secteur financier ou de l’énergie. 1982 a été l’année d’un tournant, avec notamment la fermeture des Laminoirs de Jemappes et la négociation du volet social. Il s’agissait de la plus grosse entreprise industrielle de la région et nous étions alors la seule organisation syndicale représentée au niveau des employés. La fermeture fut précédée d’un mouvement social relativement dur. Il y eut une longue période de négociation ainsi qu’une grève. Nous avons été jusqu’à occuper la route nationale pendant plusieurs jours et nous avons tenu des manifestations sur place. Finalement, un accord social fut négocié sous l’égide du ministère des affaires économiques. »


« La première grosse restructuration du groupe GIB (NDLR leader belge de l’époque dans le secteur de la distribution et qui a entretemps été repris par le groupe Carrefour) fut également un conflit marquant. Le SETCa était majoritaire au sein de l’entreprise et nous sommes parvenus à mettre en place assez aisément un rapport de force pour peser dans les négociations et ainsi appliquer l’adage ‘négocier quand c’est possible, agir quand c’est nécessaire’. La restructuration se fit sans licenciements secs mais avec un recours à la prépension et des départs volontaires encouragés. »


Entre le secteur du commerce tel que vous l’avez connu à l’époque et celui d’aujourd’hui, il y a un monde de différence. Quel regard portez-vous sur ces évolutions ?


C.R. : « Effectivement, on peut dire que j’ai vu les formes de commerce évoluer au fil du temps. Dans les années 70, peu à peu, les grands magasins situés dans les centres villes commencèrent à péricliter. Beaucoup disparurent ou furent transformés. A Mons, cela fut par exemple le cas des grands magasins de la Bourse ou encore des galeries Anspach. On assista ensuite au développement des hypermarchés mais aussi des centres commerciaux, plutôt situés en bordure d’autoroute. Par la suite, dans les années 80, on vit arriver les hard discounters dans le secteur de l’alimentation (avec tout d’abord Aldi, ensuite Lidl mais aussi Colruyt). »


« De nos jours, l’internationalisation et le concentration des acteurs économiques du commerce s’intensifient de plus en plus. Parallèlement, on assiste aussi au développement des magasins dits franchisés (où la représentation syndicale est souvent absente et les conditions de travail et de rémunération sont moindres). La prochaine mutation en cours est celle liée au numérique et au commerce en ligne. Le géant Amazon, après s’être imposé dans des secteurs dits non-food, s’attaque au secteur de l’alimentation aux Etats-Unis. Prochain objectif : s’implanter en Europe... Dans cette société où l’individualisme est constamment mis en avant, continuer à accroître notre représentation syndicale reste un défi majeur. »


Qu’en est-il de l’évolution des relations entre les syndicats et les employeurs ?


C.R. : « Les acteurs qui se tiennent autour de la table des négociations sectorielles ou d’entreprise ont eux aussi changé. Dans les années 90, les dirigeants (c’est-à-dire ceux qui étaient par exemple à la tête des groupes Delhaize, Mestdagh ou encore GIB) assistaient aux négociations. Les responsables du personnel avaient une place significative dans l’organigramme des sociétés. Nous avions face à nous des décideurs. Avec l’internationalisation des acteurs, cette situation s’est étiolée. On s’est peu à peu retrouvé avec des négociateurs qui ne sont que des représentants : ils doivent négocier avec des mandats étroits et doivent sans cesse rendre des comptes. »


D’après vous, quels sont les ingrédients qui font un bon militant ?


C.R. : « C’est aux affiliés qu’il conviendrait de poser cette question… Je pense qu’il faut avant tout être à l’écoute des collègues et de leurs préoccupations. Il faut pouvoir les conseiller ou les guider au mieux.  Maîtriser le contenu des conventions qui déterminent les conditions de travail et de rémunération dans l’entreprise est un plus. Il s’agit aussi d’expliquer et d’argumenter nos positions : à ce titre, la formation joue un rôle fondamental. Enfin et surtout, il faut pouvoir tisser une cohésion entre les affiliés... La solidarité n’est pas un réflexe inné, c’est quelque chose qu’il faut construire jour après jour ! Par sa composition qui couvre quasiment tous les secteurs d’activité, le SETCa a su tisser, au fil de son histoire, des solidarités entre des métiers différents et créer des rapports de force. Les ciments en sont la sécurité sociale et le contrat d’emploi. »


C’est l’idée du slogan « Ensemble, on est plus forts »…


C.R. : « Tout à fait ! Pour symboliser cette solidarité entre les travailleurs, nous avions à l’époque utilisé l’image de trois petites souris qui portent un éléphant. Le message est très clair : en unissant les forces de tout un chacun, on est capable de grandes choses. A l’heure où fleurissent les replis identitaires et nationalistes, cette idée reste plus que jamais d’actualité !»

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