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05/03/2019 14:39 Imprimer

La campagne Fair Transport atteint son point culminant

 

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 Le 27 mars, la Fédération européenne des travailleurs des transports organise une manifestation à Bruxelles pour des transports équitables (« Fair Transport »). Cette manifestation sera précédée d’une semaine d’action du 20 au 27 mars, lors de laquelle les membres de l’ETF organiseront également des actions dans toute l’Europe.
Le point d’orgue d’une campagne d’un an au cours de laquelle ont été organisées des dizaines d’actions, de conférences de presse ou encore de journées d’étude. « Syndicats » s’est entretenu avec Frank Moreels et Erwin De Deyn. L’UBT et le SETCa sont en effet très actifs dans cette campagne.


Pourquoi cette campagne « Fair Transport » ?

Frank : « Aujourd’hui, il est difficile de parler de « transport équitable ». Il s’agit plutôt d’un nivellement par le bas. Nous sommes confrontés au dumping social et à la concurrence déloyale dans presque tous les secteurs du transport. Pensons au transport routier, où nous voyons les camions d’Europe de l’Est sur les autoroutes. Derrière le volant, on trouve souvent des chauffeurs d’Europe de l’Est ou du Sud qui sont exploités. Cela met les conditions de travail et de rémunération de nos chauffeurs sous pression. Le seul gagnant est le patron, qui organise le dumping, et son commanditaire. »

Erwin : « Dans l’aviation, nous connaissons bien sûr tous les compagnies à bas coût telles que Ryanair. Elles non plus n’inscrivent pas leur personnel là où elles travaillent et pratiquent ainsi un dumping des prix, mais aussi des droits de leur personnel. Ce dumping social ne se limite d’ailleurs pas au secteur des transports. Même dans le secteur de l’IT, nous voyons ainsi des pratiques inacceptables. Des informaticiens indiens occupés en Belgique mais qui travaillent ici pour un salaire minimum, sur lequel sont payées des cotisations sociales encore plus basses. Ces pratiques détruisent évidemment le secteur. C’est un peu comme organiser un match de football, mais en appliquant des règles plus avantageuses pour une des deux équipes… »

Frank : « Un autre exemple réside dans les nombreuses atteintes à la loi Major sur le statut des ouvriers portuaires. Il s’agit également d’une tentative d’éliminer le personnel bénéficiant d’un bon statut pour le remplacer par du personnel ayant de plus mauvaises conditions de travail et de rémunération. Ce n’est pourtant absolument pas justifié quand on voit comme le chiffre d’affaires des ports belges augmente chaque année grâce aux dockers. Il est donc clair que le dumping social a pour seul objectif d’optimiser les bénéfices des employeurs et des commanditaires aux dépens de leur personnel.


Cette campagne ne porte-t-elle que sur le dumping social ?

Frank : « Non, c’est bien plus vaste. Nous avons en effet l’ambition de faire de l’Europe plus qu’un projet purement économique. Il semble bien que la Commission européenne ait porté la libre circulation des biens et des services au rang de vache sacrée. Le projet européen est trop axé sur le gain, la libéralisation et la privatisation. Cela signifie également que les services publics sont détricotés. Nous voulons une Europe sociale où l’on porte attention aux droits des travailleurs. Nous voulons que l’Europe se montre ambitieuse dans la création de bons emplois au lieu d’abroger des règles et, ainsi, de faire apparaître des emplois précaires ou de petits jobs de moindre valeur. Les Uber, Deliveroo et consorts jouent là-dessus avec beaucoup trop d’avidité. »

Erwin : « Cette mobilisation a une large plate-forme de revendications. L’Europe a établi un pilier européen pour les droits sociaux, mais le problème est qu’il n’est pas contraignant. Nous voulons à présent précisément que ces droit sociaux fondamentaux le deviennent, tout comme les normes budgétaires sont aussi imposées et contrôlées par l’Europe. En parlant de contrôle, l’ETF veut mettre sur pied un réel Europol social, disons une inspection sociale européenne. Ce qui existe à l’heure actuelle, à savoir l’AET (Autorité européenne du Travail), n’est rien de plus qu’un tigre de papier sans réelles compétences. »

Frank : « Nous soutenons également à 100% la revendication de nos travailleuses du transport, qui s’efforcent depuis longtemps déjà d’éliminer la violence dans le secteur. Cette violence se dirige encore trop souvent contre les femmes. Si nous voulons davantage de femmes dans le secteur du transport, et c’est le cas, nous devons y bannir la violence au travail. Les travailleurs du secteur du transport sont encore bien trop souvent confrontés à la violence. Pensons par exemple aux chauffeurs de bus et de taxi, mais aussi aux accompagnateurs de train, aux équipages de cabine… Un autre point important de la campagne est d’apporter une dimension sociale à l’automatisation et à la numérisation qui pénètrent le secteur de toutes parts. Pour nous, automatisation et numérisation doivent rendre le travail faisable et non tuer l’emploi. Nous voulons donc lutter pour plus de formation, que les employeurs doivent payer. S’ils veulent numériser le secteur du transport, ils doivent également veiller à ce que leur personnel puisse occuper ces nouveaux emplois. »


Quelles sont les actions prévues dans les prochaines semaines ?

Erwin : « La campagne est en cours depuis déjà un an. Après une phase d’information et de sensibilisation, il y a eu des actions nationales et sectorielles dans les différents pays. La campagne « low cost », par exemple, par laquelle nous avons forcé Ryanair à négocier avec les syndicats. Sommes-nous 100% satisfaits du résultat ? Non. Mais nous avons fait un fameux pas en avant grâce à notre campagne. Entre-temps, 80 actions « Fair Transport » ont eu lieu ou sont prévues. La campagne atteindra naturellement son paroxysme pendant la semaine d’action du 20 au 27 mars. Au cours de cette semaine, les syndicats belges organiseront une action dans le port d’Anvers, le même jour que leurs collègues dans les ports de Hambourg et Rotterdam. »

Frank : « Le couronnement de la campagne sera bien sûr la manifestation du 27 mars à Bruxelles. Des milliers d’ouvriers du transport venus de toute l’Europe défileront dans les rues de Bruxelles pour appuyer nos revendications. La veille, les syndicats français organisent aussi encore un meeting à Strasbourg. Notre objectif est que la Commission européenne, mais aussi les candidats qui participent aux élections européennes de mai, entendent notre voix. Ceux qui ne tiennent pas compte de nos aspirations ne devront déjà pas compter sur notre vote. Il est important de bénéficier d’un soutien progressiste en Europe. Voyez comment Kathleen Van Brempt (sp.a) et Hugues Bayet (PS) nous ont toujours soutenu dans notre lutte contre les mauvaises propositions du Mobility Package. »


Les critiques avanceront que seuls les syndicats ouest-européens participent…

Frank : « Rien n’est moins vrai. Nous voyons par exemple que nos collègues de Roumanie participent activement à cette campagne depuis le début et qu’ils seront présents à Bruxelles avec une importante délégation. On annonce également des délégations de Pologne, de Hongrie et de Bulgarie. »

Erwin : « L’Europe ne se limite d’ailleurs pas à l’Union européenne. Fin mars, nous serons également confrontés au Brexit, qui aura de lourdes conséquences sur le secteur du transport, pensons par exemple à l’aviation. Cela ne signifie toutefois pas que nous romprons la solidarité avec les travailleurs britanniques. Eux aussi participeront à la manifestation à Bruxelles. »

Frank : « Une belle initiative est celle de nos jeunes. Ils organisent un voyage de jeunes à partir de différents points en Europe. Des jeunes de Pologne, d’Italie et d’Espagne se rendent à Bruxelles en avion ou en train et organisent en chemin différents arrêts pour mobiliser les ouvriers du transport et engager le dialogue avec des passagers au sujet de notre campagne. »


Quel est l’objectif final de cette journée d’action ?

Erwin : « Nous voulons réveiller les dirigeants européens. Cela ne peut plus durer. Si on continue d’autoriser la prolifération du dumping social, les gens finiront par perdre confiance en l’Europe. Nous constatons aujourd’hui déjà une progression des idées populistes et d’extrême-droite. Ceci, parce que notre base ne voit pas venir grand-chose de positif de l’Europe. Pour eux, l’Europe est synonyme de recul social. Donc ils s’y opposent. Le Brexit en est un bel exemple, mais aussi l’apparition de la droite autoritaire dans certains États d’Europe de l’Est comme la Hongrie. »

Frank : « Notre réponse n’est pas « moins d’Europe ». Nous voulons une Europe sociale. Une Europe qui harmonise vers le haut. Une Europe qui ne diminue pas les salaires, mais qui, au contraire, les relève. Une Europe qui offre davantage de protection sociale et non moins. Une Europe où les Est-européens ne sont plus exploités dans les transports routiers, le secteur de la croisière fluviale et même dans la logistique.


Un souhait ?

Erwin : « Cinq mille manifestants à Bruxelles le 27 mars. Cela montrerait clairement notre position et donnerait un signal clair. »
Frank : « Davantage de socialistes au Parlement européen après les élections de fin mai, afin que la voix des syndicats puisse résonner plus fort les quatre prochaines années. »

 
Retrouvez le manifeste complet avec la plate-forme de revendications sur le site web de l’ETF
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