La crise, une opportunité pour faire passer notre message ? (partie 2)
Eric De Keuleneer a reconnu que le capitalisme, bien qu'il devrait être synonyme de 'créativité, innovation et efficacité", a incontestablement aussi des effets négatifs, qui prennent même le dessus dans la pratique : le capitalisme est instable, autodestructeur, inéquitable (car il accentue les inégalités) et nuisible à l'environnement. Ces effets sont encore accentués par la mondialisation. En termes de solutions, notre orateur a proposé de placer l'accent bien plus sur la régularisation – nationale et supranationale – et le renforcement du rôle des organisations syndicales. Il a plaidé par exemple pour des codes de conduite obligatoires pour les administrateurs et un pouvoir de contrôle des conseils d'entreprise au niveau de la composition du conseil d'administration des sociétés : “Pourquoi même ne pas faire contrôler les conseils d'administration par les conseils d'entreprise ? Il ne s'agit tout de même pas selon moi d'une demande déraisonnable !”. Autres techniques utiles à ses yeux : un prélèvement sur les bénéfices spéculatifs et la régulation du lobbying.
Rudy De Leeuw a assuré quant à lui l'approche syndicale … et commencé par constater que les orateurs ont été étonnamment critiques par rapport au système capitaliste. Pendant des années, le consensus sur le capitalisme pur et dur a été à peine rompu. M. De Leeuw : “Il fallait apparemment une crise financière – dont la fin est hélas encore bien loin – pour trouver des économistes désireux de faire le bilan des ravages causés par le système”. Des économistes qui constatent à présent avec nous que la crise n'est pas due au hasard, mais résulte de l'économie néolibérale.
Ce qui dérange le plus le président de la FGTB, c'est que l'on fait à nouveau "comme si rien ne s'était passé". L'on spécule même actuellement avec les stocks alimentaires, le secret bancaire reste intact en Belgique, les bonus sont de retour (ils n'ont jamais été bien éloignés) et les banques refusent de collaborer pour éviter les comportements à risque. Hélas, même le gouvernement n'ose pas intervenir : les 500 millions demandés aujourd'hui aux banques (alors que 22 milliards EUR publics ont été dépensés pour sauver les banques, sans contrepartie) sont uniquement à charge des dépôts d'épargne, tandis que les placements à risque restent hors d'atteinte. M. De Leeuw a plaidé lui aussi pour l'introduction de taxes sur la spéculation et les transactions, mais bien sûr pas uniquement en Belgique. Seule la mise en place d'une telle politique à l'échelon européen nous permettra de faire passer cette mesure aussi dans d'autres pays.