On prépare déjà la rentrée !
Les vacances sont aussi là dans les couloirs du SETCa. C’est seulement à cette période que nous pouvons croiser l’équipe de formateurs du SETCa, qui d’ordinaire sillonne la Belgique à la rencontre des délégués. Il reviennent pendant l’été pour faire le point sur l’année de formation et préparer celle à venir. Nous leur avons posé quelques questions sur leur boulot. Entretien avec Martine Kellen et Rik Vancoillie, les coordinateurs de l’équipe.

L’équipe de la formation au grand complet : (de g. à d.) Fabienne, Drossia, Eric, Rik, Michel, Linda, Francis et Martine.
Comment se passent les formations des délégués ?
Martine Kellen. Les formations s’articulent autour de 4 axes. Les aspects techniques : la législation... L’analyse syndicale : quel est le problème, de quoi s’agit-il, pourquoi est-ce ainsi, que faire ? La politique syndicale : histoire et principes de la FGTB, positions du SETCa face aux problématiques du monde du travail. La communication syndicale : prendre la parole, argumenter. Que ce soit le travail en équipe syndicale, la communication avec les travailleurs et la direction, l’évolution du contrat de travail, de la rémunération,… nous abordons toutes les thématiques par le biais de ces 4 axes.
C’est un peu comme s’ils retournaient sur les bancs de l’école ?
Rik Vancoillie. Au contraire. Nous formons des adultes, la relation d’apprentissage est basée sur les échanges et la réalité du terrain. Il y a tout d’abord beaucoup de discussions entre les délégués. On utilise une méthodologie active, par exemple la technique du Théatre-Action : des délégués jouent une situation (p.ex. le patron refuse d’accorder tel avantage), et les autres participants peuvent réagir et dire ce qu’il feraient à leur place. Après ces mises en situation, les participants donnent leur feed-back et ensemble nous essayons d’améliorer le travail syndical.
M.K. Pendant la formation de base, nous insistons beaucoup sur la mise en place d’une méthodologie de travail et d’une stratégie syndicale. Le but est que tous les délégués puissent travailler par eux-mêmes, et qu’ils ne se sentent pas dépourvus quand ils doivent défendre leurs premiers dossiers.
Qui sont les délégués que vous rencontrez ?
R.V. Techniciens, cadres et employés, de la caissière à la gérante de banque en passant par l’infirmier. Tant de milieux sociaux si différents ! De plus, on insiste pour que les formations regroupent des délégués de tous les secteurs. Quand ils découvrent les conditions de travail des autres, ils sont étonnés de voir à quel point leurs réalités sont tantôt si proches, tantôt si diamétralement opposées. Ils reconstruisent les origines de ce qu’est un syndicat : réapprendre à discuter avec les autres de l’essentiel, de faire évoluer les choses, de proposer des solutions et des alternatives, avec un point de vue socialiste.
M.K. Avant, les mouvements ouvriers avaient leurs lieux d’éducation populaire. Ces endroits sont tombés en désuétude depuis les années 80. Les formations SETCa permettent de redécouvrir cette mixité, où l’on se penche ensemble sur des problèmes de société.
R.V. C’est ce qui manque dans cette société, une dimension culturelle, engagée, et pas abêtissante. Le but de la formation, c’est de développer l’esprit critique des gens, ne pas accepter naïvement tout ce qu’on dit dans les médias, pouvoir construire sa propre opinion.
Flexicurité = danger ?
Au cours des dernières semaines, le Service Formation du SETCa a organisé plusieurs journées de réflexions sur la flexicurité. Une thématique qui prend tout son sens dans le contexte de crise que nous traversons. La flexicurité , la combinaison contre-nature de la flexibilité de la main d’œuvre pour les entreprises et de la sécurité pour les travailleurs, est un concept assez récent, une quinzaine d’années, tout au plus. Elle consiste, entre autres, en :
• Un code du travail simplifié, voire détricoté
• Une variabilisation du salaire, des heures de travail, des contrats
• Des licenciements facilités ( préavis raccourcis, indemnités patronales inexistantes)
• Une incitation pressante à l’emploi pour les chômeurs
• Une carrière flexible et prolongée
• Mais pas plus de sécurité
M.K. Destinées aux délégués chevronnés, ces journées ont réuni plus de 700 participants. Après une introduction sur la crise, et un exposé sur la flexicurité, les délégués ont travaillé en groupe sur les différents aspects de la flexicurité (salaires, durée du travail, formation, contrats, carrière…). Les participants ont pu mettre en commun leurs observations avec un secrétaire fédéral du SETCa, qui resituait les thèmes dans les enjeux syndicaux actuels.
Apprenez à ouvrir l’œil !
R.V. Ces journées de réflexion nous ont permis de faire le bilan de la crise. Il en est sorti une opinion hors de la pensée unique qui veut que le libéralisme va tout résoudre. Dans les faits, les gens en sont bien convaincus, mais c’est bien de rappeler que SETCa et FGTB dans son ensemble tirent la sonnette d’alarme depuis longtemps.
M.K. Les nouvelles formes de flexibilités ne sont pas anecdotiques, elles font partie d’une campagne beaucoup plus large de flexibilisation toujours plus radicale des gens et de l’emploi. Chômage économique, restructuration, licenciements, salaires au mérite... quand on analyse tout cela à la loupe de la flexicurité, on se rend compte que cela fait partie d’une même démarche. Il faut que les délégués soient vigilants pour pouvoir tirer le signal d’alarme.