Entretien avec Ann Agon
Une confrontation Nord-Sud
Ta visite de travail en Indonésie a été intéressante ?
"Comme collaboratrice syndicale, on ne s’arrête pas tous les jours en Belgique aux nombreux acquis du passé. Ici, tout semble évident. Avec cette visite en Indonésie, on se rend seulement compte du long chemin parcouru et des luttes qui ont été menées."
Et du chemin qui reste à parcourir dans ledit tiers monde.
"L’Indonésie n’en est manifestement qu’au début de ce chemin. La réalité y est dure pour le travailleur : salaires minimums trop bas pour pouvoir en vivre, les heures supplémentaires obligatoires, le remplacement des contrats de travail fixes par des collaborateurs sans contrat, l’intimidation des syndicats, pas de sécurité sociale, et c’est loin d’être terminé."
Vous avez rencontré de simples membres syndicaux ?
"L’une des nombreuses situations personnelles recueillies est celle d’une jeune femme, licenciée comme ouvrière précisément parce qu’elle était membre d’un syndicat. Après des mois de recherche, elle parvient à retrouver un travail dans une autre fabrique textile, mais à condition de céder d’abord deux mois de salaire pour obtenir un contrat. Le monde à l’envers. Mais elle n’abandonne pas. Elle continue de croire dans l’avenir. Ses proches la soutiennent et elle s’investit encore plus dans le syndicat."
Il y a donc de l’espoir ?
"Les travailleurs s’organisent. Des syndicats voient le jour. Des actions sont menées pour obtenir des salaires minimums sur le plan sectoriel. On constate que quelque chose bouge. Nous pouvons aussi les soutenir à partir du Nord. Faire pression sur les grandes entreprises de distribution. Les placer devant leurs responsabilités. Tous ensemble, car la solidarité ne connaît pas de frontières."