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09/11/2009 17:38 Imprimer

 

Un an de crise

 

D’un point de vue statistique, la crise a 1 an. La crise financière a connu son sommet en octobre 2008. Elle annonçait aussi une crise de l’économie réelle. Le dernier trimestre 2008 a enregistré pour la première fois une croissance économique négative. Depuis, les chiffres du chômage explosent. Entre-temps, chacun a pratiquement admis la cause de la crise économico-financière : l’idéologie économique régnant depuis plusieurs dizaines d’années, selon laquelle le marché allait tout régler et n’était pas en cause. Il fallait jeter par-dessus bord le modèle keynésien prévoyant un sérieux pilotage de l’économie par l’Etat. Les économistes à la Milton Friedman qui propageaient le modèle néolibéral extrême prirent le dessus. Des responsables politiques les suivirent aveuglement dans cette vision des choses en croyant tout aussi aveuglement à ladite « main invisible » qui permettrait une croissance économique illimitée à travers le principe du libre marché.

Il est évident que les choses doivent changer radicalement. L’économie (et le monde financier) doit être pilotée davantage/à nouveau par les pouvoirs publics pour nous protéger à l’avenir.

 

Si l’économie reprend un peu, ce n’est certainement pas une raison pour nous faire oublier ce débat fondamental. La récession semble être passée. Le trimestre écoulé a enregistré de légers chiffres de croissance positive. Quant à savoir si nous allons réduire bientôt le record historique de chômeurs, la réponse est négative. Les emplois supprimés au cours de l’année écoulée ne vont pas réapparaître aussi simplement. Les entreprises internationales vont profiter en effet de la crise pour aller produire ailleurs. Il faudra encore des mois, voir des années, avant que la consommation retrouve son rythme de croisière et que les exportations permettent de nouveau à la production de tourner à plein rendement. Entre-temps, les restructurations assorties de licenciements massifs restent à l’ordre du jour. Pensons notamment à Janssen Pharma.

 

Avec la légère reprise économique, la déflation semble aussi être derrière nous. Octobre a enregistré une légère augmentation des index par rapport à septembre. L’indice santé qui fait office d’étalon en matière de liaison des salaires, a augmenté à nouveau.  Sur base annuelle, nous maintenons évidemment une inflation nettement négative, bien qu’elle commence à diminuer. Cette tendance est étroitement liée à l’évolution des prix de l’énergie. En 2008, ces derniers ont connu une augmentation sans précédent, avec toutes les conséquences qui en résultent en termes d’inflation, mais également d’indice santé qui comprend aussi les prix du gaz, du mazout et de l’électricité. Nous avons connu ensuite un effet inverse en 2009 avec la baisse des prix de l’énergie. Entre-temps, d’autres prix se sont maintenus ou ont augmenté, si bien que l’inflation négative n’a pas été ressentie par chacun au niveau de son portefeuille. En octobre par exemple, les légumes frais, les fruits, les vêtements etc. ont nettement renchéri.

 

Nos salaires et allocations suivent pour leur part l’indice santé (moyen). 2009 a tout de même enregistré encore une augmentation des salaires réels compte tenu de la répercussion des indexations au cours de 2008 et au début 2009. Par contre, en 2010 nous allons connaître l’effet inverse. En cas de reprise de l’inflation, l’adaptation des salaires et des allocations restera faible ou se fera même attendre encore longtemps dans la mesure où l’inflation négative élevée de l’année écoulée ne pourra pas être rattrapée rapidement. Certains secteurs ont d’ailleurs déjà enregistré des baisses de salaires ou en prévoient encore.             

Notre système d’indexation est dès lors sous pression. Nous devons toutefois résister à la tentation de le mettre sur la table des négociations, car il pourrait nous en coûter fort cher en période d’inflation croissante.  Les employeurs auraient tôt fait, en effet, de remettre leurs dites formules « all-in » sur la table ! Ici encore, la vigilance est de mise.

 

Erwin DE DEYN              Myriam DELMÉE
Président                      Vice-présidente