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13/06/2017 16:00 Imprimer

E-commerce en Belgique : le gouvernement n'en fait-il pas trop pour ce secteur?

 

Depuis que ce gouvernement est au pouvoir, ses membres affirment les uns après les autres que notre pays n’est pas performant en matière d’e-commerce. Des déclarations qui recèlent beaucoup de non-sens et qui mettent tous les éléments dans le même sac. Le SETCa voit d’un bon œil l’emploi dans l’e-commerce. Mais quel est le problème pour ce gouvernement ? Et… y en a-t-il un en fait ?

D’après nos responsables politiques, la Belgique serait à la traine  en matière d’e-commerce.Preuve en serait  de gros acteurs comme Bol.com ou Amazon sont absents de  notre territoire. Ainsi, un Belge faisant des achats en ligne enverrait de l’argent et des emplois essentiellement à l’étranger.

Les propositions se succèdent pour remédier à cette situation : coûts salariaux plus faibles (CD&V), assouplissement du travail de nuit (Open VLD) et mise des syndicats hors-jeu (N-VA). Voilà qui n’est guère original de la part de ce gouvernement à droite. Qu’en est-il actuellement ?


L’e-commerce existe bien dans notre pays

Bon nombre d’affirmations concernant l’e-commerce sont fausses : celui-ci est bel et bien actif dans notre pays, même si cela se remarque moins, car il se situe dans des entreprises que les consommateurs ne considèrent pas comme relevant de « l’e-commerce ». Ainsi, le centre logistique de Nike à Laakdal compte des milliers d’employés qui expédient (également la nuit) des chaussures de sport à des clients jusqu’en Russie ! À Geel, Lego expédie également des jouets à des consommateurs de l’Europe entière. Les ports et aéroports regroupent eux aussi des entreprises logistiques expédiant directement les marchandises aux clients, après une commande par internet. Il s’agit de dizaines de milliers d’emplois.
Depuis plusieurs années, il est également possible de commander en ligne auprès des grandes chaînes de magasins. Elles ont choisi de mettre en place leur activité d'e-commerce soit en propre, soit en sous-traitant cette activité via des professionnels de la logistique. Les solutions sont diverses mais existent depuis de nombreuses années (ex.: colruyt et son collect and go, mélange de sous-traitance et d'intégration des commandes en magasin.) Il faut savoir que les entreprises belges tirent 22,3% de leur chiffre d’affaires du commerce électronique : c’est clairement plus que la moyenne européenne de 17%. Cela aussi, c’est de l’e-commerce, et cela existe déjà à l’heure actuelle.


D’ailleurs, les grandes chaînes « étrangères » créent aussi de l’emploi chez nous, non seulement dans les services de livraison, mais aussi par le biais des points d’enlèvement et des dépôts. Une chaîne comme Coolblue possède même des points de vente physiques en Belgique.


Ce n’est pas un hasard si en mars de cette année, quelques gros employeurs de la logistique laissaient encore entendre dans un quotidien économique que « la Belgique est l’eldorado de l’e-commerce, ou peut le devenir. Le secteur ferait mieux de diffuser ce message plutôt que de pointer en permanence les points faibles ».


Il est probablement vrai que les entrepreneurs et entreprises belges ont laissé passer des opportunités en matière d’e-commerce. Il n’est pas neuf non plus que nous nous vendons moins bien que nos voisins du Nord. Il est toutefois nettement exagéré d’affirmer que notre pays est un désert en matière d’e-commerce.


Le travail de nuit est bel et bien possible dans notre pays

Dire que le travail de nuit est quasiment impossible dans notre pays ne colle pas à la réalité. Apparemment, les politiques qui pensent cela partent du principe que tous les restaurants, hôpitaux, usines, centres logistiques etc. continuent de fonctionner la nuit grâce à de petits lutins. Environ 3,1% des travailleurs dans notre pays prestent habituellement la nuit.
Pourtant, tout travail entre 20h et 6h est et reste « en principe interdit » par la loi. Cette même loi (qui date de 1971 ) contient cependant aussi une longue liste d’exceptions autorisant le travail de nuit. iLe d'heures d'ouverture des magasins ont été élargies ces dernières année, il est souvent possible de faire ses courses plus tard le vendredi soir. Plus largement,  Les fourgonnettes circulent la nuit, les avions décollent, les usines produisent, l'activité économique ne s'arrête pas à 20 h!


Pour développer le travail de nuit, il est exact qu’il faut généralement, pour ce faire, l’accord des représentants du personnel de tous les syndicats dans l’entreprise (même s’il y a ici aussi des exceptions). Des accords de ce type sont donc signés depuis des années déjà dans toutes sortes de secteurs. Fin 2015 encore, le SETCa signait un accord-cadre pour également ouvrir la porte dans le secteur du commerce, en particulier dans la perspective de l’e-commerce. Il peut être question de « travail de nuit » dans le commerce moyennant un accord des trois organisations syndicales au niveau de l’entreprise.
Mais que constatons-nous ? À peine quelques entreprises nous ont contactés pour ce faire. Nous n’avons eu rapidement un contact sérieux qu’avec le vendeur de chaussures Torfs, et un accord a été conclu. Dans quelques autres chaînes, les premiers contacts se déroulent seulement maintenant, 17 mois après la conclusion de l’accord-cadre. Pour le reste, c’est le calme plat !


Il est dès lors peu crédible de dénoncer le « travail de nuit » ou le rôle des « syndicats » lorsqu’il est question d’e-commerce. Aucune entrave réelle n'existe qui freinerait le développement de l'e-commerce, tout est question de volonté patronale!


Que reste-t-il ? Le coût !

Les politiques semblent eux aussi avoir compris que tous leurs discours sur le travail de nuit prennent l'eau de toutes parts. Qu’à cela ne tienne, ils  Ressortent l’argument classique des coûts salariaux du placard. L’emploi dans l’e-commerce dans notre pays serait plus cher que dans les pays voisins. C’est probablement exact, mais parce que l’e-commerce (et ceci s’applique en fait aux Pays-Bas pour tout le secteur du commerce) aux Pays-Bas est surtout assuré par des étudiants. Comparons donc ce qui est comparable!


Ces étudiants peuvent y travailler la nuit à partir de 18 ans (ce n’est qu’exceptionnellement possible pour les étudiants dans notre pays) et sont extrêmement peu payés pour le faire. Un jeune de 18 ans travaillant à temps plein aux Pays-Bas perçoit un salaire mensuel brut de… 706 euros, soit 4,29 euros de l’heure. La fiscalité aux Pays-Bas pour les étudiants jobistes est aussi plus favorable que celle pour les travailleurs ordinaires. S’il s’agit des coûts salariaux que doivent concurrencer nos collaborateurs de la logistique, nous sommes évidemment partis pour un sérieux démantèlement social... Il est évident que nous ne participeront pas à un dumping social où les travailleurs ordinaires du commerce sont mis en concurrence face à des jobistes. On peut évidemment regretter que l’objectif du Gouvernement soit d’aider surtout les étudiants jobistes à trouver du travail ? Ce n'est pas d’une société basée sur le travail étudiant dont nous voulons, nous voulons des emplois aussi dans l'e-commerce qui permettent d'assurer une vie décente.


Certains au sein du gouvernement avancent un tax shift ciblée pour le secteur de l’e-commerce .Bonne idée? Indépendamment de la question juridique de l’octroi d’une réduction de fiscalité et ou d'ONSS à un secteur déterminé qui serait vraisemblablement considéré comme une discrimination ),ne telle mesure risquerait de créer un effet secondaire très particulier. Si ce gouvernement abaisse les "charges" salariales pour l’e-commerce, quelles seront alors les conséquences pour les 100.000 travailleurs aujourd’hui occupés dans le commerce « ordinaire » ? Seront-ils concurrencés par des collègues qui travaillent la nuit dans un dépôt et sont meilleur marché qu’eux ?


E-commerce : bienvenu pour nous aussi

Cela fait plusieurs années déjà que le SETCa suit avec un étonnement croissant le non-débat sur l’e-commerce. Force est de constater que ce dossier symbolique est surtout utilisé abusivement à d’autres fins : assouplir le travail des étudiants (également autoriser le travail de nuit), abaisser les coûts salariaux (réductions fiscales supplémentaires pour les employeurs), mettre les syndicats hors-jeu (plus besoin d’accords) et rendre inaccessible le supplément pour le travail de nuit (en limitant la définition du travail de nuit).


Tous ces débats n’ont cependant rien à voir avec la situation réelle sur le terrain, ni assurément avec le bien-être des travailleurs concernés. Au contraire, celui-ci ne ferait que se détériorer. Comme syndicats, nous nous engageons au quotidien pour améliorer la situation des travailleurs dans la logistique et le commerce. C’est déjà assez difficile. Nous pouvons à cet égard nous passer sans problème d’une dérégulation supplémentaire.

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