SETCa > News > Dossier spécial intérim 2009 : Journal intime d'une consultante

18/03/2010 16:08 Imprimer

 

 

 

 

Journal intime d'une consultante en interim

Nathalie travaille comme consultante en intérim depuis 3 ans. Des cas de discriminations, elle en voit défiler tous les jours. Voici quelques pages de son journal de bord qu’elle a bien voulu nous faire partager.

 

23 juin

Une fille voilée s’est présentée cet aprem’ pour l’inscription. J’ai bien un job qui rentre dans ses compétences, un poste à l’expédition dans les fabrications métalliques. Mais du point de vue de la sécurité, son foulard risque de poser problème, il pourrait se coincer dans une des machines. Je lui ai demandé si elle voulait bien l’enlever pour travailler, elle a refusé… Je n’ai pas d’autres possibilités pour elle.

6 juillet

Sylvie a inscrit un type ce matin : 55 ans, veuf, 2 enfants aux études. Il était cadre dans une banque. Il y a 4 jours, il a été mis à la porte à cause de la crise. Il avait l’air vraiment, vraiment au bout du rouleau. Non seulement les offres ne pleuvent pas pour le moment, et les profils comme le sien ne sont pas du tout demandés… Les clients cherchent des gens plus jeunes, qui sont plus souples, qui en demandent moins au niveau financier. C’est vraiment mal parti pour lui…

15 juillet

Aujourd’hui, la gérante d’une petite boutique de vêtements du centre-ville me téléphone car elle cherche quelqu’un pour un remplacement de 2 semaines. Et comme ça, en plein milieu de la conversation, elle me dit « Ah oui, mais ne m’envoyez pas un gros thon boutonneux, c’est une maison chic ici ». C’est dingue d’être aussi peu respectueux des gens.

 

 

17 juillet

Ca y est. Sylvie, ma collègue de toujours, a trouvé un autre job. Pour elle, fini la consultance. Il faut dire qu’elle en a bavé depuis qu’elle est ici. Entre la pression de notre boss au niveau des performances commerciales et les piques qu’elle a dû encaisser depuis qu’elle est devenue déléguée syndicale…

27 juillet

Samia, une jeune femme très pro, qui travaille depuis quelques temps pour nous, est revenue d’un entretien chez un client. Elle me dit en rigolant : « Vous êtes sûre qu’il avait besoin de quelqu’un ? Il m’a dit que c’était un boulot très pénible, que les horaires n’étaient pas faciles, et que d’ailleurs ils se demandaient s’ils n’allaient pas se partager le boulot entre eux parce que ils n’avaient pas le temps de me former ». Je me demande s’ils n’ont pas vu qu’elle était black avant de voir son CV…

3 août

Le remplaçant de Sylvie est arrivé aujourd’hui. Michaël. Je lui ai donné tous les papiers, fait lire la procédure anti-discrimination. Il m’a demandé à quoi ça servait. Quand je lui ai dit que des clients nous disent parfois « Je ne veux pas de Maghrébins, pas de Noirs, je ne veux que des femmes ou je ne veux que des hommes », il a eu l’air étonné. Il n’a pas fini d’en voir de toutes les couleurs lui !

25 août

Heureusement que j’ai eu des vacances pour décompresser, parce qu’après une journée comme aujourd’hui… Un client m’a téléphoné en hurlant parce que j’avais « osé » lui envoyer un type d’origine marocaine. «Je vous avais dit pas d’arabe, et paf, c’est la première chose que vous faites». Je ne me suis pas démontée. « Nous vous avons envoyé la personne la plus qualifiée pour ce poste ». Il m’a répondu « Des arabes, j’en ai déjà cinq dans ma boîte. Encore un et on se croira à Marrakech ». Il m’a raccroché au nez. Dix minutes plus tard, mon boss m’a convoquée dans son bureau. Le client ne veut plus avoir à faire à nous. Mon boss m’a dit que je ne suis pas assez « orientée service », mais que j’avais quand même bien fait de lui envoyer le meilleur des demandeurs d’emploi. Quand même, au moins, il reconnait mes efforts…