Di et Club: «Les employés n’ont pas à payer l’absence de gestion !»
La direction des drogueries Di et des librairies Club menace de licencier un total de plus de 200 salariés. Une annonce unilatérale, qui cache des plaies portant les noms de « manque d’investissements », « mauvaise gestion des stocks » ou encore « gestion à la petite semaine ». Valérie Van Walleghem, secrétaire SETCa à Bruxelles-Hal-Vilvoorde, défend les travailleurs concernés. Interview.
Quelle est la situation chez Club ?
La direction veut fermer 3 magasins, à Gand, Merksem (Anvers) et Alost. 22 travailleurs seraient touchés, sur 300. On est donc comme par hasard à moins de 10% du personnel de l’ensemble des librairies, ce qui permet aux patrons d’éviter une procédure « Renault » de licenciements collectifs et d’éviter ainsi de devoir chercher des solutions alternatives.
D’autres magasins risquent de se retrouver à moyen terme dans la même situation : fin de bail à Roeselare, Uccle, Auderghem, Anderlecht…. La direction va-t-elle procéder de la même manière ? Ca ressemblerait fort à une restructuration larvée pour se débarrasser du personnel à bon compte en faisant prester les préavis et sans aucune concertation avec les représentants du personnel.
Quelles sont les raisons évoquées ?
« Fin des baux commerciaux ». Comme s’il n’était pas possible de renégocier ces contrats ou de trouver d’autres emplacements pour les magasins… Risible ! Nous voulons négocier pour l’ensemble des travailleurs.
Et chez Di ?
L’épée de Damoclès est suspendue au dessus de la tête de 200 personnes sur 489 dans 34 magasins sur 123. Les pertes de chiffres d’affaire s’élève à 5,9 millions d’euros. Les patrons s’en prennent uniquement aux emplois, aux salaires, qu’ils veulent raboter de 15%, et aux conditions de travail. Ils taisent par exemple le fait que les contrats les plus précaires, les intérimaires, sont également ceux qui coûtent chers car il faut payer les commissions aux agences.
Ce serait, Kruidvat, la chaîne concurrente qui minerait Di ?
La belle excuse ! Kruidvat ne se positionne pas sur le même segment. Ce n’est pas le même concept. Tout au plus une partie de l’assortiment est semblable. Mais Kruidvat vit surtout des promotions sur les appareils de petit électro, les jouets, etc. Di, qui allie la droguerie, l’hygiène et les soins, a une vraie place.
La diminution de pouvoir d’achat est-elle responsable ?
Encore une fois, les patrons disent n’importe quoi. Si les gens repoussent des achats importants comme une voiture ou une nouvelle TV, ils se rabattent sur des produits qui font plaisir mais restent accessibles.
Les patrons oublient l’essentiel…
L’essentiel ?
Les magasins eux-mêmes ! En 2007, les Di (comme les Clubs) ont été vendus par Delhaize à Albert Frère et à AvH (Ackermans&Van Haaren). Ces financiers n’ont ensuite tenu aucune de leurs promesses : ils ont sous-capitalisé la société et géré les affaires à la petite semaine. Chez Di, les stocks sont chaotiques. Quand les clients viennent pour acheter la dernière crème antirides à la mode et qu’il n’y en a plus, ils vont la chercher à la concurrence.
Comme les factures ne sont pas toujours réglées à temps, certains fournisseurs refusent de livrer. D’un autre côté, il n’est pas rare que des produits se trouvent en surstock…mais restent irrémédiablement dans les rayons.
L’image de Di n’est plus ce qu’elle était. Un remodeling devient urgent pour tout rénover. Et le marketing doit soutenir le tout. La direction, elle, refuse de voir la réalité en face et de prendre le vrai problème à bras le corps.
Que va faire le SETCa dans ces deux dossiers ?
La direction devrait ôter ses œillères : sans véritables plans commerciaux, les chaînes dans leurs ensembles sont menacées. Nous allons négocier et exiger cela pour éviter un maximum de licenciements. S’il faut passer par des actions, les travailleurs sont prêts !