Dexia : l’histoire se répète…
Une prise de conscience des politiques est nécessaire
Après la crise financière de 2008, le monde financier est à nouveau dans la tourmente et semble en bien mauvaise posture. L’annonce récente du démantèlement de Dexia a fait l’effet d’une bombe. Un arrière-goût de déjà vu, le sentiment que l’histoire se répète sans que l’on ait tiré des leçons du passé, l’impression qu’au final, c’est toujours le contribuable et les travailleurs qui trinquent pour payer les erreurs des dirigeants... A l’heure où nous écrivons ces lignes, la nationalisation du groupe a été confirmée. Certaines garanties ont été apportées et on en sait donc un peu plus sur l’avenir des travailleurs. Néanmoins, de nombreuses questions restent toujours ouvertes. Faisons le point avec Jean-Michel Cappoen et Pia Desmet, Secrétaires Fédéraux responsables du secteur finances.
La nationalisation du groupe Dexia a été confirmée et est présentée comme LA solution à la crise que nous connaissons actuellement. Rassurés ?
J-M Cappoen : « Nous le répétons depuis le début : Pour nous, le maintien de l’emploi est primordial. Et la solution proposée prévoit le sauvetage de l’emploi pour Dexia Banque, les assurances et les réseaux indépendants. On parle tout de même ici de 8000 travailleurs. C’est donc un soulagement… Cependant, nous sommes encore dans l’incertitude pour un certain nombre de travailleurs ».
P. Desmet : « Ce qui est rassurant, c’est que cette solution permet de sauvegarder les intérêts des actuels clients de Dexia. Préserver l’épargnant était également une de nos principales revendications. »
L’emploi de certains travailleurs est donc toujours menacé…
P.D. : « Effectivement, Des grandes interrogations subsistent toujours pour le millier de travailleurs qui sont occupés dans des branches d’activités connexes au groupe Dexia. C’est le cas pour les travailleurs de la Holding et de Dexia Technology Services. Certains pourraient être repris dans le cadre de la poursuite des activités de la banque. Mais pour bon nombre d’entre eux, rien n’est moins sûr... »
J-M.C. : « La branche Asset Management nous préoccupait : elle ne semblait pas reprise dans l'accord présenté et à donc été considérée comme étant "à vendre". Pendant le Conseil d'Entreprise extraordinaire de lundi, le SETCa a particulièrement insisté sur le sort de l'ensemble du personnel, y compris celui de l'Asset Management. Il apparaît maintenant que cette branche n'est pas à vendre en ce qui concerne la direction, qui va analyser cette situation. Une chose est certaine: nous allons continuer à défendre l'emploi à tout prix et nous mettrons tout en oeuvre pour qu'une solution acceptable pour tous les travailleurs puisse être trouvée."
Comment entrevoyez-vous l’avenir ?
P.D. : « Nous serons extrêmement vigilants en ce qui concerne le fonctionnement du ‘nouveau’ management et veillerons à ce que l’emploi et la clientèle soient nécessairement au centre des préoccupations. »
J-M.C. : « Il est clair qu’à terme, la situation que nous vivons va peser d’une manière ou d’une autre sur le budget de l’état. Nous ferons tout pour éviter qu’il y ait des conséquences sur le budget des ménages… »
Quelles leçons peut-on tirer de la situation que nous vivons actuellement?
P.D. : « Nous avons l’impression que le scenario se répète une fois de plus… Le SETCa a pourtant lancé plusieurs signaux au cours des derniers mois afin de dénoncer certains dysfonctionnements (les bonus plantureux des dirigeants, le recours à outrance à des consultants externes, etc.). La crise Dexia est l’exemple même des dérives du système bancaire et de ses conséquences. Il est grand temps que l’Etat en prenne conscience et mette en place des mesures strictes. »
J-M.C. : « Compte tenu de l’expérience passée, il est nécessaire de prendre les bonnes décisions au niveau du management et de nommer dorénavant des personnes qui sont en mesure et ont réellement la volonté de défendre l’intérêt des travailleurs et des citoyens belges. »