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28/02/2012 11:17 Imprimer

Compétitivité et coût salarial : une autre version des faits


Ces dernières semaines,  certains milieux patronaux et partis politiques ont tiré à boulets rouges sur l’index et les ‘hauts’ salaires belges. Pour ce faire, ils ont cherché leurs munitions dans le rapport annuel de la Banque Nationale de Belgique (BNB), la révision à la baisse  des indicateurs économiques pour 2012 et l’étude de la BNB sur l’index… qui s’avère finalement ne pas être définitive

 

Il est temps donc de battre un certain nombre d’arguments en brèche. Sur la base, entre autres, du même rapport annuel de la BNB.


Compétitivité et coût salarial


En premier lieu, la compétitivité des entreprises belges n’est pas uniquement une question de salaires. Il s’agit même en premier lieu d’une question de bonne affectation des moyens. Les investissements dans la recherche et le développement, dans l’innovation donc, sont, en Belgique, d’un niveau inférieur à celui de nos pays voisins. Il est urgent d’investir dans des produits finis durables de haute qualité pour éliminer notre handicap à l’exportation. Les entreprises belges ne sont pas bien classées non plus en ce qui concerne la formation des travailleurs.


Pour autant, s’il faut tout de même parler de coût salarial, il est important de souligner que la part du coût salarial dans le coût de production total dans l’industrie est inférieure chez nous à celle des pays voisins. En Belgique et aux Pays-Bas, cette part est de 12%, en Allemagne et en France de 20%.


Le handicap en termes de coût salarial avec l’Allemagne a augmenté et est à présent de 25% par rapport à 1996. Mais… il y a en revanche un léger avantage vis-à-vis de la France et des Pays-Bas. Et soyons clairs : nous ne souhaitons pas arriver au niveau salarial des travailleurs allemands. À défaut de salaire minimum, des millions de travailleurs dans ce pays travaillent à un salaire horaire de 4 à 5 euros. Les travailleurs belges ont droit à un salaire décent leur permettant de vivre correctement.


Et ce n’est pas tout ! L’an passé, le coût du salaire horaire en Belgique a même baissé respectivement de 11 et 3% par rapport aux Pays-Bas et à la France. Ici aussi, on ne peut pas prendre seulement l’Allemagne en exemple.


Enfin, signalons également que la part du coût énergétique dans le coût de production belge est considérablement plus élevée que celle des pays de la Zone Euro et de nos pays voisins, y compris l’Allemagne. S’attaquer au coût énergétique pourrait aussi rapporter gros en termes de compétitivité de nos entreprises.


Entretemps, les pronostics pour notre pays se sont assombris : il est question que notre économie diminue de 0,1% cette année. Le rapport de la BNB précise au sujet de ces ajustements négatifs que la baisse de la croissance économique est aussi partiellement imputable à la baisse de la consommation privée. La modération salariale sera donc ici aussi contre-productive et ne profitera pas à l’économie.


Index et coût salarial


Nous ne devons d’ailleurs pas mettre la charrue avant les bœufs : l’indexation des salaires et des allocations sociales est postérieure à l’augmentation des prix (l'inflation).  C’est donc un amortisseur pour que les citoyens ne s'appauvrissent pas : c’est ainsi que les augmentations de prix auxquelles les travailleurs sont confrontés en tant que consommateurs sont compensées. Reprécisons-le ! Les prix augmentent davantage dans notre pays que dans les pays environnants, c’est bien connu, la BNB le confirme à présent aussi. Ainsi, le prix du gaz a augmenté en Belgique de 19% en 2011, celui de l’électricité de 12%, alors que les deux n’ont augmenté que de 7% dans les pays voisins.


Compte tenu de la part importante occupée par le coût énergétique en Belgique dans le coût de production, cela peut compter pour la compétitivité des entreprises. Nous rejoignons dès lors pleinement ceux qui disent qu’il faut combattre l’inflation en s’attelant aux trop fortes augmentations de prix, essentiellement ceux de l’énergie et des produits alimentaires. Un contrôle structurel des prix est à ce titre essentiel.


L’index et le système d’indexation automatique doivent être préservés et le seront. Nous rejetons résolument toutes les pistes lancées en la matière, qu’il s’agisse de retirer l’énergie du panier de l’index, de procéder à des sauts d’index, à une indexation sur le net plutôt que sur le brut, ou encore de limiter l’indexation aux salaires les plus bas. Ne lançons pas de poudre aux yeux !


Ajustements


Entre-temps, les ajustements aux mesures socio-économiques décidées fin décembre par le gouvernement sont transposés en de nouveaux textes de loi. Nous ne sommes bien sûr pas mécontents de ces ajustements, même si nous maintenons que les mesures sont et restent injustes. Les ajustements annulent cependant lesdites ‘ruptures de contrat’ et prévoient tout de même encore des possibilités pour certains groupes de travailleurs de partir en prépension avant 60 ans ou de travailler moins à partir de 50 ans.


Les répercussions négatives de ces mesures sur le calcul de la pension sont elles aussi adoucies. Le relèvement de la pension anticipée à 62 ans s’accompagnera de mesures transitoires. La grève du 30 janvier a payé ! Nous serons maintenant vigilants à la mise en œuvre des adaptations et à leur application dans les entreprises. Et nous collaborerons à l’élaboration d’un véritable plan pour l’emploi, pour jeunes et moins jeunes, donc aussi pour les travailleurs risquant de rester sur la touche pour un départ anticipé.


Contrôle budgétaire et Europe


Entre-temps, chacun aura clairement compris que l’Europe joue un rôle important dans le quotidien des Belges. D’où l’importance capitale de l’action de la CES le 29 février dans tous les États membres européens. Elle précède en effet la signature (les 1er et 2 mars) du nouveau traité européen qui entend fixer des normes budgétaires encore plus sévères.  Les dirigeants actuels de l’Europe n’ont même pas pris la peine de cacher qu’ils utilisent cette crise pour démanteler notre état providence. La réalité quotidienne de millions d’européens est à mille lieues de la leur. Seule une action européenne pourra les faire écouter. 


L’enjeu est la préservation du modèle de société égalitaire avec lequel, en tant qu’Européens et Belges, nous nous sommes différencié du reste du monde depuis bien longtemps. L’effort n’en vaut-il pas la peine ?


La Belgique compte également : pendant le contrôle budgétaire ici (entre le 3 et le 6 mars), le gouvernement va rechercher 2 milliards.


Il importe selon nous d’en éliminer les déséquilibres fondamentaux. Il y a lieu de trouver ces milliards manquants chez les grandes fortunes, les fraudeurs et en supprimant les intérêts notionnels. L’introduction d’un impôt minimum pour les sociétés est également à l’ordre du jour.

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