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28/02/2018 13:28 Imprimer

Brussels Airlines doit garder
son ancrage belge !

 
Brussels Airlines traverse actuellement une période de turbulences. Début février, on apprenait différents changements au sein de l’équipe de management. Le CEO Bernard Gustin et le directeur financier Jan De Raeymaeker devaient s’en aller. Une nouvelle stratégie allait aussi être mise en place. Après de nombreuses spéculations dans la presse, l’inquiétude était également grande dans le chef du personnel belge. Pour le SETCa, il n’y a pas l’ombre d’un doute : Brussels Airlines doit conserver et étendre son entité belge. Entretien avec Anita Van Hoof, Secrétaire fédérale en charge de ce secteur.

Lorsque nous entendons « nouvelle stratégie », nous sommes évidemment sur nos gardes. C’est le également cas cette fois-ci. Après l’annonce, nous craignions des pertes d’emplois (surtout aux services centraux, où sont occupés 1.800 des 3.400 travailleurs) ou une délocalisation. Directement, différents membres de la direction ont tenté de calmer les esprits. Il ne serait pas question d’un plan social, le personnel peut dormir sur ses deux oreilles. En outre, Brussels Airlines continuerait d’exister en tant qu’entité juridique belge.

Dans quelle mesure les organisations syndicales sont-elles inquiètes ?

Anita Van Hoof : « Nous ne sommes pas rassurés, nous restons vigilants. Lufthansa possède 100% des actions de Brussels Airlines. S’il y a encore bien des Belges au Conseil d’Administration, ils n’ont pas de droit de veto. Quelle garantie avons-nous dès lors que Brussels Airlines restera une entité belge ? Le premier geste qu’ont posé les membres allemands du Conseil d’Administration a été de licencier les CEO et CFO belges. Il n’est un secret pour personne que Bernard Gustin était un grand défenseur du modèle belge (N.D.L.R. un modèle hybride combinant des vols court et long-courrier). Je ne suis donc pas rassurée… »

Quelle était la relation entre Bernard Gustin et les syndicats ?

A.V.H. : « Nous avions régulièrement des discussions, sa porte était toujours ouverte. La concertation sociale se déroulait bien, même nos délégués pouvaient aller le trouver. »

Comment le personnel a-t-il réagi en apprenant la nouvelle ?

A.V.H. : « L’inquiétude était grande. Tout a commencé par des rumeurs dans la presse le vendredi 2 février, selon lesquelles Lufthansa avait l’intention de licencier Gustin et De Raeymaeker lors du Conseil d’Administration qui devait se tenir à Francfort le lundi suivant. Il était question d’un plan social, de licenciements… Cela a suscité une grande agitation parmi le personnel. Celui-ci est très engagé et a fourni de gros efforts pour Brussels Airlines ces dernières années. En 2012, les travailleurs avaient fait des concessions salariales dans le cadre des mesures d’économies. Ils ont contribué eux aussi à ce que l’entreprise soit aujourd’hui bénéficiaire. Après les attentats du 22 mars 2016, ils ont mis tout en œuvre pour que les vols se poursuivent. Ils sont allés travailler à Francfort, car il n’y avait plus de vols à partir de Bruxelles. Je trouverais dommage que l’on n’en tienne pas compte. »

L’une des décisions est d’amener Brussels Airlines à effectuer des vols pour Eurowings (la compagnie à bas prix du groupe Lufthansa) à partir de Düsseldorf. Est-ce positif pour le personnel belge ?

A.V.H. : « Non, pas du tout. J’ai tout de suite fait part de mes inquiétudes à ce sujet. Les pilotes et le personnel de cabine belges peuvent poser leur candidature pour travailler sur ces vols. Il s’agit de très gros avions, je peux donc comprendre qu’il soit tentant d’acquérir cette expérience. Il faut avoir que le personnel belge peut revenir après 4 ans s’il le souhaite. Leur contrat belge sera suspendu et ils recevront un contrat allemand. Mais que restera-t-il encore de Brussels Airlines dans 4 ans ? »

Quelles sont les conditions du contrat allemand ?

A.V.H. : « Elles sont moins bonnes. Elles paraissent plus ou moins équivalentes pour les pilotes, mais ils doivent prendre en charge eux-mêmes leur sécurité sociale et leur pension ! Pour le personnel de cabine, c’est environ € 1.700 par mois plus quelques indemnités pour les nuitées, etc. »

« Düsseldorf n’est pas très loin de la Belgique non plus. Si l’on tient compte du problème des files à Bruxelles, il est peut-être possible de rejoindre plus rapidement la ville allemande. Cela semble donc attrayant pour certains, mais les conditions de travail sont clairement moins bonnes. »

Le 12 mars, Thorsten Dirks (CEO d’Eurowings) viendra à Bruxelles pour présenter le plan commercial. Qu’en attendez-vous ?

A.V.H. : « Nous ne savons pas ce que contient le plan, mais si le but est de démanteler Brussels Airlines au profit d’Eurowings, nous devrons mener des actions. Dirks reprochait à Gustin d’avoir « perdu du temps » en s’accrochant au modèle belge, mais il dit aussi ne pas vouloir perdre de bons travailleurs. Tout est donc possible. »

« Un Centre d’excellence serait également installé à Bruxelles pour les vols long-courrier vers l’Afrique. Brussels Airlines a constitué un grand savoir-faire sur ce marché au fil des ans. C’est nettement moins le cas de Lufthansa, ils ont donc besoin de Brussels Airlines. N’oublions pas non plus que les vols vers l’Afrique constituent une source de revenus substantielle. Les vols européens sont importants, mais la concurrence est bien plus féroce et les marges bénéficiaires sont donc plus petites. »

« C’est une bonne chose en revanche qu’ils aient l’habitude de travailler avec des syndicats en Allemagne. Ver.di (le syndicat allemand des pilotes) siège même au Conseil d’Administration de Lufthansa. Nous avons dès lors planifié une rencontre avec eux le 15 mars. Nous devrions à ce moment déjà en savoir plus à propos du plan commercial. »

De très nombreuses voix s‘élèvent tout de même pour que Brussels Airlines reste une entité belge ? Ainsi, plusieurs entrepreneurs belges connus ont signé une pétition adressée au Conseil d’Administration. Eux aussi sont convaincus. Cela aide-t-il à mettre du poids dans la balance ?

A.V.H. : « En soi, toute aide est la bienvenue, mais il est en fait trop tard. En 2008, Brussels Airlines avait de gros problèmes financiers et personne n’a voulu investir. À présent, ils disent que la compagnie doit rester belge … c’est 10 ans trop tard. Ils auraient dû investir à l’époque ! Ils avaient suffisamment de capital pour le faire. S’ils l’avaient fait, Brussels Airlines n’aurait pas dû partir à la recherche d’un investisseur étranger et serait toujours belge. À l’époque, Lufthansa a acheté 45% des actions. C’est également grâce à elle que Brussels Airlines existe encore aujourd’hui. »

Avant l’annonce concernant le départ des CEO Bernard Gustin et du directeur financier Jan De Raeymaeker, les pilotes avaient organisé une grève du zèle. Ils protestaient contre le manque d’avancées dans certains dossiers comme les pensions, le package salarial, l’équilibre travail/vie privée et les repas pour le personnel à bord. Les actions ont entre-temps été suspendues. Qu’en est-il actuellement ?

A.V.H. : « Nous avons eu une conciliation le 16 février. Il y a été convenu qu’une solution serait trouvée dans ces dossiers pour la fin avril. Les pensions sont importantes pour tous les pilotes. Autrefois, ils pouvaient partir à la pension à partir de 55 ans. La réforme des pensions a relevé cet âge à 65 ans, et bientôt 67 ans, soit 12 ans de plus ! Or, un pilote ne peut pas voler au-delà de 65 ans. Que doivent-ils faire dès lors pendant ces 2 dernières années ? Lorsqu’ils perdaient leur licence en raison de problèmes de santé, ils pouvaient autrefois retomber sur leur pension à partir de 55 ans. Plus maintenant. À cet âge, il n’est pas évident non plus de chercher un autre emploi. »

« Ils auront aussi moins de pension étant donné que la cotisation spéciale a été supprimée en 2012. Ce sont ces problèmes que nous avons voulu aborder à travers ces actions. Avec succès, car les négociations ont repris. Si rien ne bouge, nous reprendrons des actions en avril. Mais cela n’a rien à voir avec le changement de CEO. C’est déjà de l’histoire ancienne. »

Quel message voulez-vous faire passer?

A.V.H. : « Il ne s’agit pas que du personnel de Brussels Airlines. Ils assurent 40% de tous les vols à Brussels Airport. Ils ont encore repris récemment Thomas Cook, ce qui veut dire plus de vols et plus de passagers. Bruxelles est la capitale de l’Europe et est très importante pour le trafic aérien européen. Il importe pour tous que Brussels Airlines reste une entité belge ! »

 
 
Pour y voir plus clair
Brussels Airlines effectue tant des vols court (Europe) que long-courrier (Afrique, Etats-Unis et Inde) et fait partie, en-dessous d’Eurowings, du groupe Lufthansa. Lufthansa possède 100% des actions. Eurowings est une compagnie aérienne allemande à bas prix proposant essentiellement (mais pas uniquement) des vols court-courrier.

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