Aides publiques : pas pour financer les primes de licenciement !
De l'argent pour Ethias, KBC, Dexia et Fortis. Une aide éventuelle à plusieurs secteurs industriels… La presse sollicite du soutien… Il ne se passe pas une semaine sans que les pouvoirs publics, lisez les contribuables, ne délient les cordons de la bourse pour colmater les failles de la crise financière. Il ne faut pas oublier toutefois que l'aide doit servir en premier lieu à protéger les travailleurs.
À vrai dire, l'aide n'empêche pas les entreprises de licencier des travailleurs pour faire face à la crise. Ethias 200 emplois, Dexia 350, plus de cent dans la presse… Pour nous, c'est intolérable. Les entreprises maintenues à flot par les pouvoirs publics ne peuvent pas répercuter les frais de la crise sur le personnel, mais doivent avant tout balayer devant leur propre porte.
Le personnel n'est en effet aucunement responsable de la mauvaise tournure des évènements, une situation due essentiellement au secteur financier. Jusqu'à ce que les grands patrons des finances sortent brusquement de leur bulle fin de l'an passé, il était "démodé", comme institution bancaire, d'encore chercher du rendement par le biais des produits classiques comme les comptes d'épargne ou les crédits hypothécaires. Non, l'avenir résidait dans le réemballage et la vente de crédits au contenu souvent douteux. Quant aux clients au guichet, ils ne causaient que des problèmes.
Les problèmes que les banques connaissent désormais résultent toutefois de la cupidité qui régnait à la direction des banques. Les membres du personnel ont exécuté, mais la responsabilité se situe au sommet. Ces grands patrons continuent toutefois de nier obstinément leur faute et de toucher des parachutes dorés avec le sourire. Les travailleurs, dont bon nombre sentaient depuis des années déjà que cette manière de gérer les affaires bancaires ne pourrait perdurer, sont à présent les dupes de cette mauvaise gestion. Et comme le montrent aujourd'hui clairement Dexia et Ethias, ces institutions n'éprouvent aucune honte à mettre ces mêmes personnes à la rue.
Pour nous, c'est évident : si des entreprises sont maintenues à flot par un soutien public, il doit leur être formellement interdit de procéder à des licenciements de masse. Le secteur des finances ferait mieux de saisir l'occasion pour placer sous contrôle cette culture de l'enrichissement à tout prix au sommet des entreprises. Les rendements excessifs des dernières années doivent eux aussi être relégués au passé. En d'autres termes, il faut se focaliser à nouveau sur ce que les banques font bien : gérer l'argent des clients de manière professionnelle et octroyer des crédits aux entreprises et aux particuliers. Fini de vendre du vent.
Où reste le contrôle ?
Avec un étonnement croissant, nous constatons d'ailleurs que le gouvernement, qui dépense à un rythme élevé le peu de moyens publics disponibles, n'est apparemment pas favorable à un renforcement de la surveillance et du contrôle. Il ne donne guère d'informations sur les indispensables réformes de la réglementation financière et l'échec plus que manifeste des institutions chargées de la contrôler. Des mesures légales et administratives s'imposent en la matière. Sur le plan européen, nous attentons toujours avec grande impatience des initiatives à cet égard.
Force est aussi de constater avec effroi que les pouvoirs publics n'ont, dans presque aucun cas, un contrôle réel sur les entreprises dans lesquelles de nombreux milliards ont été injectés (à juste titre). C'est pourtant possible à l'étranger. Au Etats-Unis, les salaires des grands patrons ont été écrêtés à un demi-million de dollars par an jusqu'à ce que les impôts soient remboursés jusqu'au dernier cent. Cette initiative a déjà fait des émules dans neuf autres pays européens. En France, le gouvernement de droite interdit aux entreprises empruntant des fonds publics de licencier des travailleurs, a fortiori de fermer des usines.
Notre gouvernement a déjà souligné à maintes reprises l'importance de la protection de l'emploi, mais nous attendons toujours une action concrète. Nous ne l'avons en tout cas pas entendu lors de l'annonce des restructurations chez Ethias et Dexia.
Il faut mieux faire
Les autorités devront sans aucun doute encore intervenir plusieurs fois au cours de cette année difficile qui s’annonce. A juste titre si cette intervention permet de sauver des emplois. A tort s'il s'agit uniquement de sauver l'argent des actionnaires.
Si le gouvernement veut s'atteler sérieusement à l'emploi, il doit demander des garanties en la matière avant de mettre de l'argent sur la table. L'argent du contribuable ne peut servir à payer les primes de licenciement des ouvriers et employés.