SETCa > News > 1er mai : une fête historique, brûlante d’actualité

17/04/2018 11:37 Imprimer

1er mai : une fête historique, brûlante d’actualité

Chaque année, le 1er mai, nous fêtons la journée du Travail. Pour la plupart des gens, il s’agit d’un jour de repos. Nos militants et nos membres sont présents en nombre aux différents évènements et défilés organisés partout. Mais comment cette journée historique a-t-elle vu le jour ?

Journée de travail de huit heures

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’Europe et les États-Unis connaissent une forte croissance démographique dans les villes ainsi que d’importants progrès technologiques. De plus en plus de personnes vont travailler dans de grandes usines. Les conditions de travail sont franchement mauvaises. La semaine de travail moyenne est de 6 jours et les journées peuvent atteindre 16h de travail. Le travail des enfants est la norme et les accidents du travail ne sont jamais bien loin. Le premier employeur à vouloir raccourcir la journée de travail est Robert Owen, propriétaire éclairé d’une manufacture textile en Écosse. Malgré les protestations, il ramène la journée de travail à 10h dans son usine. Il inspire ainsi un mouvement mondial en faveur de la journée de huit heures. L’objectif est de rendre le travail pénible tout de même plus supportable. Il reste 8h pour d’indispensables moments de détente à côté des 8 heures de sommeil et des 8 heures de travail.

Partout dans le monde, mais essentiellement aux États-Unis, les premiers syndicats revendiquent une introduction généralisée de la règle des 3 fois 8. Le 1er mai 1886, l’American Federation of Labor (AFL), la fédération syndicale nationale, engage l’action pour atteindre cet objectif. Elle choisit cette date car aux États-Unis, le 1er mai est le « Moving Day », le jour où les travailleurs apprennent s’ils peuvent commencer, partir ou rester chez un employeur. Il en va de même à Chicago, l’une des villes industrielles connaissant la croissance la plus rapide du moment. La même année, une grève y est par ailleurs organisée, mais elle est réprimée de manière particulièrement violente. Des dizaines d’activistes, mais aussi d’infortunées personnes de leur entourage sont tuées, des centaines d’autres sont blessées.

Cette violence excessive ne va que renforcer la revendication mondiale. En 1888, l’AFL décide de manifester le 1er mai de chaque année en mémoire des évènements de Chicago. En 1889, cette proposition est reprise par l’Internationale Ouvrière Socialiste (« Deuxième Internationale ») à Paris. La Journée Internationale du Travail est née. Des dizaines de milliers de personnes font grève et défilent pour revendiquer une journée de travail de 8 heures.

La toute première édition en 1890 est encore sous le signe de la journée de huit heures, mais dans les années qui suivent, la fête du 1er mai prend nettement plus d’ampleur. Les gens battent le pavé pour revendiquer de meilleures conditions de travail en général et de meilleurs salaires en particulier. Avec succès. Au fil des ans, les conditions de travail s’améliorent et les salaires augmentent. Petit à petit, les employeurs prennent aussi conscience que lorsque les travailleurs sont suffisamment payés, c’est l’économie qui s’en trouve boostée. Toutefois, la journée de travail de huit heures se fait encore un peu attendre. En Belgique, elle devient réalité en 1921. La révolution russe de 1917 pousse elle aussi les politiques et les employeurs à se montrer plus conciliants à l’égard des revendications syndicales. Aujourd’hui encore, le 1er mai est la date par excellence retenue par les syndicats et d’autres organisations pour appuyer des revendications politiques. Par le passé, chaque village avait son propre évènement pour fêter le 1er mai. Le folklore autour de la fête du 1er mai s’est toutefois un peu perdu, mais différents défilés sont encore organisés chaque année.

La réduction du temps de travail : une revendication historique

Lorsqu’au XIXe siècle, Owen et les syndicats descendent en rue pour la journée de travail de 8 heures, les employeurs et les pouvoirs publics sont les premiers à crier que c’est impossible. Le travail deviendrait impayable, la productivité baisserait et l’économie s’effondrerait. Des arguments que nous entendons aussi aujourd’hui lorsqu’il est question de réduction du temps de travail. L’attitude des employeurs et de certains politiques est – tout comme au XIXe siècle – plutôt hostile. Pourtant, l’histoire montre que le temps de travail ne cesse de se réduire. En 1921, il est ramené à 8 heures par jour, ou 48 heures par semaine. Lorsqu’en 1936, la réduction du temps de travail revient sur la table à la suite d’une nouvelle vague de grèves, on annonce une catastrophe économique. Néanmoins, nous passons à la semaine de 45 heures en 1946, de 40 en 1978, pour finalement aboutir, grâce à la lutte sociale, à la semaine de 38 heures. À chaque fois avec maintien de la rémunération et sans crise économique. Il n’y a aucune raison que cela ne puisse pas se poursuivre. De plus, l’automatisation a conduit à la disparition de certaines tâches et même d’emplois à part entière. Ce phénomène ne fera que s’accentuer à l’avenir. Malgré l’innovation, notre productivité continue de progresser. La réduction du temps de travail en est la suite logique. Poursuivons la lutte ensemble.

Les syndicats contre l’inégalité

Une étude récente du professeur Ives Marx indique qu’au cours des 30 dernières années, l’inégalité dans notre pays n’a pas augmenté en comparaison avec d’autres pays. Grâce à la concertation sociale collective, à la sécurité sociale et à l’indexation des salaires. Autant de réalisations issues de la lutte syndicale. D’autres études internationales démontrent par ailleurs que là où les syndicats sont forts, l’inégalité augmente moins, voire pas du tout. Des syndicats forts, voilà également l’enjeu de ce jour de lutte qu’est le 1er mai! 

Share/Bookmark