SETCa > News > 125 ans de solidarité, dans les yeux du Top-2 du SETCa

14/12/2017 17:29 Imprimer

Dans les yeux du Top-2 du SETCa

Nous ne pouvions célébrer le 125e anniversaire de notre organisation syndicale sans laisser la parole à ceux qui en sont à la tête depuis plus d'une décennie : notre Président, Erwin De Deyn et notre Vice-Présidente, Myriam Delmée. Tous deux nous ont livré leurs impressions sur le chemin syndical parcouru ces dernières années et sur les défis qui nous attendent à l’avenir.

 

Entre le SETCa et vous, c’est une histoire qui dure depuis de nombreuses années…

Erwin De Deyn : « J’ai commencé ma carrière en tant qu’ingénieur en électronique chez Test-Achats. J’étais déjà un militant actif auprès des jeunes socialistes. Très vite, j’ai créé la délégation syndicale au sein de l’entreprise. En parallèle à mon job, j’ai aussi entamé des études en sciences politiques à la VUB. Pendant ce temps-là, je suis entré au sein du service formation du SETCa (c’était en 1979). Durant 13 ans, j’ai ainsi sillonné la Belgique en tant que formateur. Je suis devenu Secrétaire Fédéral en 1992 : j’avais en charge les secteurs du commerce, la CPAE (qui s’appelait alors encore CPNAE), la logistique et les services divers. Je suis devenu Vice-Président en 2004.»

Myriam Delmée : « De mon côté, en 1996,j’étais jeune diplômée lorsque je suis entrée dans la grande famille du SETCa. Après avoir obtenu une licence en droit et en droit social , j’ai été engagée au sein du service juridique du SETCa de Mons. Je ne connaissais pas vraiment le monde syndical mais mon cœur battait déjà résolument à gauche… Je suis arrivée au SETCa Fédéral pile en l’an 2000, où j’ai occupé le poste de conseiller juridique. Vous connaissez la suite. Quatre ans plus tard je suis devenue secrétaire fédérale en charge du commerce et des finances et enfin Vice-Présidente en 2006, au moment où Erwin est lui-même devenu Président. »

 

Durant toutes ces années, quels changements avez-vous pu observer ?

E.D.D. : « Tout a changé et en premier lieu les outils de travail. Lorsque j’ai commencé à travailler au SETCa en 1979, on venait à peine de passer des machines à écrire mécaniques à des machines électriques. Imaginez-vous : la technologie était loin d’être ce qu’elle est aujourd’hui.. Pour dupliquer les documents, on utilisait encore des systèmes de stencil ou des machines pochoirs. Toutes les communications transitaient sous format papier via coursier ou par la poste. Chaque jour, les sections régionales recevaient des piles de documents qu’il fallait trier, copier et répartir entre les personnes concernées. C’était toute une logistique ! »

M.D. : « A mes débuts, j’ai régressé sur le plan informatique (rires). A l’époque, notre organisation n’était pas encore passée à l’ère de Windows, que je connaissais et que j’utilisais déjà à la maison. Le passage vers ce nouvel environnement IT a été un fameux défi pour le SETCa. Une modernisation qui est allée de pair avec un grand plan de formation pour tous les membres du personnel ».

 

L’évolution des outils de travail a donc aussi eu un impact sur le fonctionnement-même du SETCa…

E.D.D. : « Evidemment. Avec l’arrivée de la digitalisation, nous avons dû repenser et moderniser nos services, dans les sections envers les membres et les militants et ce, à tous les niveaux. Nous avons également dû nous adapter sur le plan du fédéral, en développant fortement certains départements : je pense aux services communication, formation (des militants), informatique, traduction, d’études, comptabilité, administratif et support. Ce qui existe aujourd’hui n’est plus comparable à ce qui existait il y a encore une vingtaine d’années. Tout évolue toujours plus vite et nous devons être prêt à y faire face. »

M.D. : « Au-delà du SETCa, l’automatisation a une influence énorme sur tous les secteurs et toutes les entreprises. Elle est ‘transformatrice’ d’emplois. Prenons l’exemple du commerce : auparavant, lorsqu’une réassortisseuse rencontrait des problèmes de santé, on la faisait passer en caisse (un poste plus léger) pour finir sa carrière. Les nouvelles technologies ont changé le métier. Aujourd’hui, on demande aux travailleurs de faire leurs tâches aux côtés de/et comme des machines et de se montrer polyvalent : tantôt du réassor, tantôt du travail en caisse selon les besoins. Il devient donc plus difficile qu’auparavant de reclasser des travailleurs usés par le travail... Mettez cela en parallèle avec les mesures de De Block sur la réintégration des malades : le cocktail est explosif»

 

Quels évènements difficiles retenez-vous en particulier ?

M.D. : « Les grosses restructurations du commerce évidemment mais aussi tous les cas individuels que j’ai eu à traiter lorsque je travaillais au service juridique de la section de Mons m’ont profondément marqué. Lorsqu’on se retrouve face au désarroi des gens, on ne peut pas rester insensible. J’ai vu des personnes qui étaient dans des situations d’hyper précarité : ils avaient besoin d’une réponse, d’un soutien, mais surtout d’une solution d’urgence. On essaie de les aider à faire face à l’injustice, à des employeurs véreux, à des règles administratives tordues et à un système déshumanisé avec les seuls armes que l’on a à disposition, à savoir des armes juridiques. J’ai parfois eu le sentiment de vider l’océan à la petite cuillère… »

E.D.D. : « Cette sensation d’impuissance, on l’a aussi ressenti durant la vague de restructurations qui a déferlé sur nous ces dernières années. Tous les secteurs ont été impactés les uns après les autres. Cela a été une période noire sur le plan économique et social. Les travailleurs en ont payé le prix fort. Même si nous sommes parvenus à adoucir l’impact, aussi bien sur le plan qualitatif (pertes d’emplois) que sur le plan qualitatif (conditions salariales et autres) »

 

Au niveau de la législation sociale, il y a eu plus d’un dossier marquant…

E.D.D. : « Au début des années 2000, la réduction générale du temps de travail à 38 heures par semaine a été un changement d’importance. Toutes les entreprises ont dû se mettre au pas et les représentants des travailleurs ont joué un rôle majeur dans les discussions. Dans certains secteurs, nous avons profité de la diminution du temps de travail pour négocier des réductions bien en-dessous de la nouvelle législation. Une belle avancée sociale! L’histoire nous le démontre mais on tend trop souvent à l’oublier : sans les syndicats de nombreux droits fondamentaux (comme le repos du dimanche, les congés payés, l’assurance chômage et maladie, la pension, etc.) n’auraient jamais vu le jour… »

M.D. : « Je me souviens particulièrement du passage de l’interruption de carrière au système de crédit-temps : un des premiers dossiers que j’ai dû suivre au CNT. Aujourd’hui, on peut encore et toujours de demander si lors de la mise en œuvre de cette mesure, nous n’y avons pas perdu au change puisqu’à l’époque, l’obligation de remplacement du travailleur a été abrogée. A côté de cela, il y a aussi le dossier de l’harmonisation des statuts ouvriers-employés dont l’histoire n’est pas encore totalement écrite… »

 

Est-ce parfois difficile d’être un syndicaliste ?

M.D. : « Oui, le combat, l’arrogance patronale sont constants. Je pense que c’est encore plus difficile lorsqu’on est une femme. Le travail syndical n’attend pas, il faut être très réactif. On donne beaucoup de son temps et de sa personne. Jongler entre ses obligations professionnelles et la vie privée n’est pas toujours simple. Heureusement, pour ma part, j’ai la chance entre autres d’avoir derrière moi une MDG (Mamy De Garde full time), qui m’a permis de mener ma carrière tout en assumant mon rôle de maman. Au-delà des problèmes d’organisation, j’ai une pensée pour toutes nos militantes qui œuvrent dans les entreprises avec, encore trop souvent autour d’elles, des machistes ‘ordinaires’.»

E.D.D. : « Le militantisme est un combat perpétuel... Sur le terrain, le travail syndical n’est pas toujours visible au quotidien et donc, il n’est pas toujours reconnu voire soutenu par l’opinion publique en générale. Les médias se focalisent par exemple sur les ‘problèmes’ logistiques engendrés par une grève ou une action syndicale. Trop souvent, ils ont tendance à ne pas s’intéresser suffisamment au pourquoi de la révolte et critiquent sans nécessairement chercher à en savoir plus. Paradoxalement à certains discours anti-syndicats, les chiffres d’affiliations n’ont cessé d’augmenter ces 20 dernières années. Nous atteignons aujourd’hui 425.000 membres.»

 

Quels grands défis devront justement affronter nos membres dans le futur ?

E.D.D. : « Ce qu’on appelle la ‘gig economy’ ou l’économie des petits boulots. Un monde dans lequel les travailleurs sont rémunérés à la tâche ainsi que le développement en parallèle de l’intelligence artificielle posent d’énormes défis aux organisations syndicales. Une nouvelle vision sur la durée et l’organisation du travail est nécessaire et cela devra passer par une réflexion approfondie sur ces sujets. La formation (plus encore que par le passé) devra jouer un rôle essentiel dans le monde du travail de demain... »

M.D. : « Il s’agit aussi de sauver ce fondement si précieux qu’est notre sécurité sociale. Aujourd’hui, cette dernière est gravement menacée. Plus que jamais, il faut redonner à chacun une réelle assurance, un revenu qui permet de faire face aux coups durs de la vie : la perte d’un emploi, la maladie, etc. Nous avons tout intérêt à serrer les rangs et à unir nos forces pour montrer qu’il existe d’autres choix, des alternatives meilleures que ce que ce gouvernement de droite nous impose actuellement. »

 

L’autre défi important est celui concernant le débat autour des structures syndicales au sein de notre organisation.

M.D. & E.D.D :« Le SETCa est une grande centrale au sein de la FGTB et compte bien le rester. En raison de l’harmonisation des statuts ouvriers/employés, de la réforme des commissions paritaires et des changements dans le tissu socio-économique, le moment est venu d’adapter nos structures en interne. Les centrales vont devoir s’accorder sur un échange de secteurs, pour qu’une seule d’entre elles soit compétente pour les travailleurs – ouvriers et employés/cadres – par secteur et par entreprise. La concertation à ce sujet est en cours avec les collègues des autres centrales. Et nous sommes convaincus qu’elle sera menée à bien. Nous y travaillons pleinement. Nous ne nous dérobons pas. Nous mettrons bien évidemment les intérêts de tous nos intervenants en avant : les affiliés, les militants, le personnel et les secrétaires. Il en va et il en ira de même chez nos collègues des autres centrales. Nous avons donc tous le même intérêt et le même objectif : constituer des centrales fortes au sein d’une FGTB forte. »

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